Il y a un signal que Florent Chimberg, ostéopathe et thérapeute holistique, a appris à lire comme un échec : le patient qui revient avec exactement le même blocage. Cette frustration l'a poussé hors du cadre purement mécanique, du côté des réflexes archaïques et de la neuro. Et si certaines douleurs tenaces résistaient parce qu'on traite la conséquence sans jamais toucher le patron moteur qui les déclenche ?
1/4h LabO #92 · Regarder l'épisode sur YouTube
Il y a un signal que Florent Chimberg, ostéopathe et thérapeute holistique, a appris à lire comme un échec : le patient qui revient avec exactement le même blocage. Cette frustration l'a poussé hors du cadre purement mécanique, du côté des réflexes archaïques et de la neuro. Et si certaines douleurs tenaces résistaient parce qu'on traite la conséquence sans jamais toucher le patron moteur qui les déclenche ?
Un réflexe archaïque, dans la lecture que Florent en fait, c'est un patron moteur. Une réponse automatique, câblée, qui mobilise le corps d'une certaine façon sans passer par la décision consciente. Le réflexe de Moro tient la vedette dans cet échange. Il est branché entre le pont et le bulbe, dans le tronc cérébral, ces étages bas du système nerveux qui gèrent les réactions les plus primitives.
Ces réflexes ont leur rôle, et ils sont censés s'effacer en grandissant. L'histoire devient intéressante pour un thérapeute du mouvement quand ils ne s'effacent pas, quand un patron qui aurait dû s'éteindre reste actif chez l'adulte. Parce qu'un patron moteur encore en activité, ça pèse. Ça joue beaucoup, comme le dit Florent, sur la façon dont le corps s'organise.
Voilà pourquoi ça intéresse l'ostéopathe. Un réflexe archaïque resté branché continue d'imposer sa réponse motrice, et il peut enfermer un patient dans une problématique corporelle qui se répète. Florent ne part d'ailleurs pas de la théorie. Il part de ce qu'il voit en cabinet : des schémas corporels qui reviennent, encore et encore, jusqu'au moment où il faut bien se demander s'il n'y a pas quelque chose de plus profond à l'origine.
L'hypothèse de Florent est née d'une écoute. En recoupant ce que ses patients fibromyalgiques lui décrivaient comme facteur déclenchant, il a vu un point commun remonter : une peur très profonde, souvent associée à une notion de peur de mort. Une peur capable de générer un stress assez puissant pour, selon son hypothèse, réactiver le réflexe de Moro. Une fois réactivé, ce Moro entretiendrait le patient dans sa problématique.
Pourquoi cette idée tient debout dans sa tête ? Parce que la fibromyalgie reste aujourd'hui très difficile à diagnostiquer, et très large. Florent le formule sans détour : il n'y a pas une fibromyalgie, il y en a une spécifique à chaque personne. Quand un tableau clinique est aussi flou et aussi individuel, l'idée d'un patron moteur qui se déclenche et vient perturber le patient dans sa globalité, à travers ses récepteurs, donne une grille de lecture utile.
Reste à être honnête sur le statut de tout ça, et Florent l'est. C'est une hypothèse clinique. Mais une hypothèse qui s'est renforcée à l'usage. À partir du moment où il s'est posé la question, et où la formation lui a remis le Moro en tête, il a retrouvé sa présence de façon systématique chez ces patients. De quoi justifier d'aller creuser, sans transformer pour autant une observation de cabinet en vérité établie.
Tester le Moro a l'air simple, et pourtant il y a un piège que Florent a appris à éviter. Parfois tu fais le test et rien ne sort. Le réflexe semble absent. Sauf qu'en expliquant à ses patients ce qu'il cherchait, plusieurs lui ont fait la même réponse : « j'ai eu envie d'écarter les bras, mais je ne l'ai pas fait ». Assez en confiance, ils avaient retenu le geste. Le réflexe était bien là, simplement masqué par le contrôle du patient.
La leçon est directe : il faut verbaliser ce qu'on cherche. Dis au patient ce que tu testes, ouvre l'échange, amène-le à décrire ce qu'il ressent plutôt que de te fier au seul mouvement visible. Sans ce dialogue, tu passes à côté de réponses qui se jouent à l'intérieur du patient, pas dans le geste apparent.
Sur la réintégration du réflexe elle-même, Florent ne te vendra rien. Il commence tout juste à la mettre en place, et il n'a donc pas encore de recul ni de résultat tangible à présenter. Sa conviction, à ce stade, c'est que la piste mérite d'être explorée en profondeur. Ce qui n'est pas la même chose qu'un résultat prouvé.
Concrètement, il s'appuie sur un atout : il a la chance d'avoir, dans sa structure, un thérapeute qui fait de l'intégration, et il compte référer ses patients vers cette personne. En parallèle, il lance ses études de cas. Les gens ne viennent pas forcément le voir pour une fibromyalgie, mais il repère chez eux des schémas corporels assez redondants pour creuser. Le rendez-vous qu'il se donne est clair : observer comment ça évolue dans plusieurs mois, le temps d'accumuler du recul avant de conclure quoi que ce soit.
L'autre porte d'entrée de Florent passe par la chimie du système nerveux, et en particulier par le GABA. Le GABA est un neurotransmetteur inhibiteur : son job, c'est de freiner les neurones. Parfois le système s'emballe, les neurones balancent trop d'informations, et il se crée ce que Florent appelle un « miss match », un décalage dans le traitement nerveux.
Ce décalage ne reste pas dans la tête, il ressort par plusieurs sorties. Au niveau émotionnel d'abord, avec de l'anxiété, de la peur. Au niveau postural ensuite, notamment via la mâchoire, jusqu'à entraîner du bruxisme. Et plus loin encore, jusqu'à des problèmes intestinaux. Florent fait même le lien entre un possible trouble du cervelet et une carence en GABA. Tu vois le fil : un déséquilibre de neurotransmetteur ne se contente pas d'un symptôme, il ruisselle de l'émotion vers la posture et vers le viscéral.
D'où l'intérêt d'objectiver le terrain plutôt que de deviner. Florent pointe le test de Braverman, qui permet d'établir le profil d'une personne et ses carences en neurotransmetteurs. Une fois ce profil posé, l'idée est de réguler le système nerveux par l'alimentation, via la micronutrition, en ciblant les carences réelles.
Pour un coach ou un préparateur, l'outil n'a rien de théorique. Florent l'utilise déjà en préparation physique : un stick de test pour évaluer la balance en neurotransmetteurs, qui donne des indications sur la typologie de séance et le cycle à mettre en place, celui qui colle le mieux au moment de la personne. Le même test sert donc à deux choses, calibrer l'entraînement et réguler le terrain nerveux.
Ce qui relie tout ça à l'ostéopathie, c'est une façon de lire le corps par entrées multiples. Florent ne cherche pas seulement où ça bloque, il cherche par où le blocage est piloté. Et il a construit cette lecture par étapes, en heurtant à chaque fois les limites de l'étape précédente.
Au début, Florent ne se demandait même pas pourquoi le patient avait tel blocage. Le bassin partait en avant, il y avait un blocage, son boulot était de corriger, point. Sauf que le patient revenait avec le même problème. Il a donc changé de question : quelles sont les habitudes de mouvement de cette personne pour que son bassin se retrouve dans cette position ?
Ce premier déplacement lui a donné des résultats. Pour certains patients, regarder l'ergonomie et les habitudes de mouvement suffisait à améliorer les choses. Pour d'autres, ça ne collait pas. Il se retrouvait avec une dysfonction sur un bassin qui ne correspondait pas au mouvement habituel de la personne. C'est précisément là, devant ce qui résistait à l'explication mécanique, qu'il a commencé à s'intéresser aux réflexes archaïques et à la neuro, qui lui ont apporté beaucoup plus de réponses. Et au bout du compte, un constat revient : tout passe par la posture.
La mâchoire est devenue une entrée quasi systématique dans ses tests. Florent teste sa mobilité, repère un décalage dans l'occlusion, à l'ouverture ou à la déduction. Il avait déjà observé qu'en travaillant la mâchoire, il obtenait un résultat sur le bassin. Une lecture d'un chirurgien-dentiste lui a fourni un outil pour le vérifier : le test de la cale.
Le principe est simple. Tu places une cale de papier au niveau des molaires, tu fais mordre le patient, et tu retestes l'iliaque. Deux cas de figure se présentent : soit tu obtiens une libération totale, soit un seul iliaque se libère. Quand un seul bouge, ça te dit qu'un côté est influencé par la mâchoire, et que l'autre est piloté par autre chose. Florent cite un cas récent : un iliaque influencé par la mâchoire, l'autre par les pieds. Parfois c'est la vue.
La conclusion qu'il en tire structure toute sa démarche : il n'y a pas de standard. Tu trouves un blocage, d'accord, mais ton vrai travail commence ensuite, à chercher l'entrée la plus influente sur ce blocage. La mâchoire, les pieds, la vue, la posture qui sert de point de passage à tout. Et selon l'entrée, tu réorientes, vers un orthodontiste par exemple, parce que la correction durable ne t'appartient pas entièrement.
Avec autant d'entrées possibles, neuro, micronutrition, réflexes, viscéral, mâchoire, le risque saute aux yeux : s'éparpiller. Florent s'en sort avec une architecture claire. L'ostéopathie reste son bloc central, sa vision globale par système. Autour, il a ajouté des briques pour affiner là où, justement, il n'avait plus de réponse. Quand il veut comprendre un sujet, il fait une vraie spécialisation, il l'approfondit, puis il repart dans sa vision d'ostéopathe. La spécialisation nourrit le global, elle ne le remplace pas.
En séance, ça donne une logique de test permanent. Il commence par ses tests ostéo, plutôt mécaniques, les tests viscéraux par exemple. Il lit aussi l'état émotionnel du patient qui entre, parce que ça l'oriente. Puis il essaie : il part sur un axe, et si ça ne répond pas, il rebascule, vers le viscéral par exemple quand il sent trop de sympathique qui vient parasiter. Le principe qu'il s'impose : accepter en permanence qu'une approche puisse ne pas marcher, et garder toujours un autre moyen de réponse. Les séances sont parfois longues, ça demande de la réflexion. Au bout de sept ans, la palpation et le flair finissent par accélérer la lecture.
Au fond, son critère de réussite est éthique autant que technique. Un patient revu trop souvent pour le même problème, c'est un échec. L'objectif est de trouver la bonne entrée en une fois, quitte à ne le revoir que dans six mois ou plus tard. Et même quand il rééquilibre le corps, Florent assume qu'il fait un travail palliatif : il répond à la demande sur l'instant, permet au patient de repartir soulagé, mais il engage aussi ce patient à se prendre en charge derrière.
C'est là que tombe la phrase qui résume tout : pas de pilule magique. Un même symptôme, le bassin par exemple, peut venir de causes totalement différentes selon les individus, d'en haut ou d'en bas, et différer parfois chez une même personne d'un côté à l'autre. Cette interdépendance impose le travail d'équipe. Beaucoup veulent tout faire, et on se rend vite compte qu'on ne peut pas tout faire. Reconnaître où s'arrête sa propre main fait partie de la lecture globale.
Dans cet épisode, Florent Chimberg le décrit comme un patron moteur, une réponse automatique du corps. L'exemple central est le réflexe de Moro, branché entre le pont et le bulbe, dans le tronc cérébral. Quand ce patron reste actif, il continue d'imposer sa réponse motrice et joue beaucoup sur l'organisation du corps.
L'épisode répond par la réactivation. Le réflexe de Moro peut ressurgir à la suite d'un événement de vie chargé en peur ou en stress. Florent décrit une peur très profonde, souvent associée à une notion de peur de mort, capable de générer un stress assez puissant pour réactiver le Moro, qui entretient ensuite le patient dans sa problématique. C'est son hypothèse pour expliquer certaines fibromyalgies.
Florent teste le Moro, mais il prévient sur un piège : parfois le réflexe ne se voit pas, parce que le patient retient son geste. Plusieurs lui ont dit avoir eu « envie d'écarter les bras » sans le faire, par confiance. D'où sa règle : verbaliser ce qu'on cherche, expliquer le test au patient et ouvrir l'échange, pour capter ce qui se joue à l'intérieur et pas seulement dans le mouvement visible.
Cinq phrases reviennent tous les jours sur le terrain, elles sonnent rigoureuses et bienveillantes, et pourtant les sciences contemporaines de l'apprentissage moteur les démontent une par une depuis 60 ans. Un seul chiffre suffit à mesurer le décalage : un bébé qui apprend à marcher chute dix-sept fois par heure, et c'est précisément ce taux qui fabrique sa vitesse d'apprentissage stupéfiante. Et si ce qu'on fait pour aider, sécuriser, corriger, répéter, expliquer, était exactement ce qui bloque la progression de nos athlètes ?
L'activité physique change la donne pour le TDAH de l'enfant. Adrien Chartier, préparateur physique depuis plus de vingt ans et cofondateur de Labo RNP, le résume en une phrase : on envoie nos enfants deux heures aux devoirs et trente minutes de sport le mercredi, il faudrait faire l'inverse. Voici le mécanisme neurologique, comment juger les approches selon leur niveau de preuve, et un plan progressif sur douze semaines à lancer dès demain.
L'hyperactivité motrice de l'enfant est d'abord un signal. Quand un enfant bouge sans arrêt, son système nerveux cherche le plus souvent à se réguler, à se stimuler ou à évacuer une tension. Comprendre ce que ce mouvement résout change tout ce qu'on va lui proposer.