On dit que le Pilates recentre, améliore la posture, la coordination et l'équilibre. Personne, ou presque, ne sait l'expliquer. Pilates et neurosciences se rejoignent pourtant dans chaque séance, autour de quatre mécanismes : la respiration, la première motricité, la réintégration des réflexes archaïques et le cervelet.
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On dit que le Pilates recentre, améliore la posture, la coordination et l'équilibre. Personne, ou presque, ne sait l'expliquer. Pilates et neurosciences se rejoignent pourtant dans chaque séance, autour de quatre mécanismes : la respiration, la première motricité, la réintégration des réflexes archaïques et le cervelet.
On répète partout que le Pilates « recentre », qu'il donne « un meilleur contrôle de soi », « une meilleure maîtrise du corps et des émotions », qu'il améliore la posture, la coordination et l'équilibre. C'est dit, c'est juste, et presque personne ne sait expliquer comment on en arrive là. Roxane Masson, prof de Pilates et coach sportive passée par le Mastermind Labo RNP, a posé la seule question qui compte : « ok, c'est chouette, c'est dit, mais comment on en arrive là ? »
Sa réponse tient en une phrase : la neuro est déjà dans le Pilates, il faut juste la comprendre. Décode ce qui se passe sous le capot et tu retrouves quatre mécanismes neuro dans chaque séance : la respiration, la première motricité, la réintégration des réflexes archaïques et le cervelet au travail. Voilà pourquoi le Pilates produit ses effets. Et voilà comment reconnaître les exercices qui font, en réalité, un travail neuro.
Repartons de la base. Le Pilates vise à renforcer les muscles profonds, ceux qu'on appelle aussi les muscles posturaux, en synchronisant la respiration et les mobilisations articulaires. De ce travail naît une unité entre le corps et l'esprit. Quiconque a déjà pratiqué le sait : il y a tellement de règles, c'est tellement précis, qu'on ne peut que se concentrer et rester connecté à ce qu'on fait.
Concrètement, en Pilates, tu travailles beaucoup sur l'axe : l'autograndissement, la colonne vertébrale, les articulations. Tu travailles en lenteur. Et surtout, tu travailles avec la conscience de la respiration. On dit aussi de cette méthode qu'elle améliore la posture, la coordination, l'équilibre, qu'elle augmente la capacité respiratoire et améliore le sommeil.
Tous ces bienfaits sont réels. La question de Roxane est ailleurs : pourquoi ces effets se produisent-ils ? Qu'est-ce qui, au niveau neurologique, fait que ce travail d'axe, de respiration et de lenteur réorganise autant le corps et le mental ? C'est cette mécanique que la suite décode, mécanisme par mécanisme.
Le premier lien, c'est la respiration. C'est le tout premier mouvement du vivant : la première chose qu'on fait en arrivant au monde, c'est respirer. Et puis, dans la vie quotidienne, on l'oublie. Roxane le résume à sa façon : elle habite à Paris, et « personne ne respire ». Quand elle demande à ses élèves comment ils respirent, s'ils le savent, elle récolte des grands yeux : « je ne me suis jamais posé la question. »
C'est là que tout commence. Avoir conscience de sa respiration, c'est la première reconnexion à soi, la première connexion du corps. Avant même de bouger, le Pilates te ramène à une sensation que la plupart des gens ne vont jamais chercher.
Deux respirations sont en jeu : l'abdominale et la thoracique. La respiration thoracique, c'est la conscience de travailler dans les côtes, avec un centre fort, ce qu'on fait en Pilates. La respiration abdominale, à l'inverse, c'est relâcher pour aller respirer dans le ventre.
Ces deux modes ne s'échangent pas. Travailler dans les côtes avec un centre maintenu, ou relâcher pour respirer dans le ventre : ce sont deux entrées différentes selon ce que tu cherches dans la séance. Et cette conscience de respirer ouvre directement le deuxième mécanisme, la première motricité.
Deuxième point neuro. Le corps fonctionne comme un X : ta force vient de ton centre, puis rayonne vers la périphérie. Cette première motricité diffuse du centre vers les membres, et c'est exactement ce que fait le Pilates. Tu concentres l'énergie au centre, puis tu transfères la force de l'intérieur vers l'extérieur des membres. Autrement dit, dans les mouvements Pilates, tu retravailles ta première motricité sans vraiment le savoir.
Cette première motricité va développer l'extension et la flexion, et surtout les rééquilibrer. Voilà le premier élément de réponse à « pourquoi le Pilates améliore la posture » : une première motricité qui se remet en route grâce à des exercices qui vont du centre vers l'extérieur, et qui rééquilibre les muscles extenseurs et les muscles fléchisseurs.
Cette première motricité porte un nom : l'étoile à six branches, parfois aussi appelée la radiation du nombril. Attention au piège : beaucoup la prennent pour un réflexe archaïque. Elle n'en est pas un. C'est une motricité primaire à part entière, parce qu'elle est la base d'une stratégie de développement moteur. Il en existe huit, développées notamment par Masgutova.
Pourquoi cette distinction change tout ? Parce que cette première motricité fonctionne comme un panier qui contient plusieurs réflexes. Rien que le fait de travailler dessus vient solidifier les premiers réflexes regroupés dedans. Tu n'agis pas sur un réflexe isolé, tu renforces la base qui les porte tous.
Et ça colle parfaitement avec la façon dont on se développe. Le développement se fait de manière céphalocaudale et proximodistale : de la tête vers le centre, et du centre vers l'extérieur. C'est exactement la logique du Pilates, qui retravaille cette base avec des outils comme la respiration et le contrôle de l'axe vers les périphéries.
On peut donc répondre proprement à la question de la posture. Le Pilates remet en route cette première motricité par des exercices qui partent du centre vers l'extérieur. Cette motricité développe et rééquilibre les extenseurs et les fléchisseurs.
C'est ce rééquilibrage des chaînes d'extension et de flexion, porté par la première motricité, qui réorganise la posture. Rien de magique là-dedans : un mécanisme de développement moteur qu'on réactive séance après séance.
À partir de cette base, le lien se prolonge vers les réflexes archaïques eux-mêmes : le Moro, le RTL, l'extension du tronc, le Landau et le Pérez. Et c'est là que ça devient concret. Le répertoire gestuel du Pilates est un répertoire fixe, que certains coachs font évoluer, et il contient déjà plein d'exercices qui sont des exercices de réintégration de réflexe archaïque.
C'est ça qui explique le reste. Pourquoi le mouvement des personnes s'améliore, pourquoi ça joue sur l'émotion, sur la maîtrise et le contrôle de soi, pourquoi ça recentre : parce que le Pilates fait directement un travail de réintégration de réflexes archaïques, mine de rien, sans le savoir.
Prends le réflexe de Moro. Roxane l'aborde via la respiration latérale, qu'elle utilise en échauffement, dans ce qu'on appelle les « référentiels » en Pilates. Le geste : pousser contre les côtes avec les mains et respirer en respiration latérale thoracique.
Tu retrouves ici le fil de la respiration vu plus haut, mais cette fois branché sur un réflexe précis. La respiration n'est pas qu'une mise en condition, c'est aussi une porte d'entrée sur la réintégration.
Pour le Landau et le Pérez, on passe aux extensions. L'exercice du Superman, qu'on appelle surtout ainsi en coaching et plutôt Swan en Pilates, en fait partie. Le bridge aussi. Et le nageur, où l'on vient chercher des extensions controlatérales bras-jambes.
Tous ces mouvements sont, en réalité, des exercices de réintégration. Quand tu enchaînes un Swan ou un nageur, tu travailles l'extension du tronc et la coordination croisée des membres, exactement le terrain de ces réflexes.
Reste le système vestibulaire, avec le réflexe RTL. Ici, l'exercice repère, c'est le Rolling like a ball, en équilibre fessier, où l'on vient mobiliser la colonne vertébrale en roulant d'avant en arrière.
Ce roulé n'est pas qu'un exercice d'abdos rigolo : il stimule le système vestibulaire et travaille un réflexe précis. La neuro est déjà là, dans un mouvement que tout pratiquant connaît.
Dernier mécanisme. Quand on pense Pilates, on pense axe, mouvement lent, articulation. Donc on pense forcément cervelet, qui est l'ABC du mouvement : accuracy, balance and coordination, autrement dit la précision, l'équilibre et la coordination du corps. Ces trois mots résument ce que le Pilates entraîne en permanence.
On peut découper. Côté vestibulocervelet, le Rolling like a ball est un excellent exemple : on roule d'avant en arrière, c'est une stimulation vestibulaire. Côté spinocervelet, tout ce qui est correction de posture : les exercices d'autograndissement, l'extension du rachis, les exercices de mobilité de hanche, l'extension de hanche avec le bridge.
Le Pilates couvre donc les deux versants du cervelet, l'équilibre et la correction posturale, avec des exercices déjà présents dans le répertoire. Les connexions sont faites, il fallait juste y réfléchir un peu.
Cela ouvre le Pilates à des publics très variés : les personnes blessées, les personnes d'un certain âge, celles en retour d'accouchement (Roxane travaille pas mal en pré et post-natal), ou celles qui ont vécu un trauma avec de gros problèmes d'équilibre. Le travail se fait en Pilates mat, au sol, et pourtant il rejaillit ailleurs : sur le rééquilibre de la vie de tous les jours, et sur des transferts sportifs pour ceux qui pratiquent un sport.
Reste la pièce qui manque. Si tout ce travail neuro est dans le Pilates, pourquoi certains progressent énormément et d'autres pas ? Parce que c'est individualisé. Chez certaines personnes, il y a des réflexes archaïques encore actifs, et elles en ont besoin. Chez d'autres, il ne se passe presque rien, parce que les choses sont déjà en ordre. La vraie compétence, c'est d'aller regarder.
C'est ce que permet le bilan, et c'est là que Roxane distingue ses deux contextes de travail. En cours collectif, les séances sont courtes : on fait des stimulations tous ensemble, sur de la respiration en coordination, et il faut rentrer assez vite dans le mouvement Pilates. En coaching individuel, en revanche, elle peut faire un vrai bilan avant de commencer et regarder les problématiques de la personne. Ça peut être le vestibulaire et l'équilibre, mais aussi tout autre chose : des gens incapables de savoir comment bouger leurs cervicales, des personnes complètement tendues, un dos très plat. Elle le constate beaucoup au niveau du bas du dos, la zone lombaire, et pour cause : 80 % de la population a mal au dos. À partir du bilan, elle va travailler les entrées sensorielles qu'il faut.
L'exemple parle de lui-même. Ce matin-là, avec une cliente, elles travaillaient un Side Kick agenouillé, un exercice sur le genou, sur le côté, où l'on monte la jambe pour amener le pied au-dessus de la hanche. La cliente tombait tout le temps, elle se sentait mal. Plutôt que d'insister, elles se sont mises debout, sont allées regarder les canaux qui n'allaient pas, ont fait une petite stimulation, puis sont revenues dans la séance. En one to one, ce n'est pas un problème ; en cours collectif, on n'a malheureusement pas le luxe de s'arrêter autant.
Et c'est là que se joue le « recentrage » dont tout le monde parle. Le petit plus de Roxane, c'est d'expliquer aux gens pourquoi ça fonctionne, et d'utiliser beaucoup de respiration en coordination, en relâchant cet aspect Pilates du centre très fort, pour préparer la personne avant ou après le cours. L'objectif : un cerveau relâché, un cerveau non stressé. Parce qu'un cerveau prêt est meilleur pour le mouvement. Le cerveau crée de la prédiction et veut la survie ; apporte-lui de la sécurité grâce à des mouvements qui lui permettent de se développer au mieux, et il bouge mieux. Voilà comment le Pilates te rend le calme et l'équilibre : en remettant le cerveau en sécurité.
Parce qu'il remet en route la première motricité, celle qui part du centre vers la périphérie. Cette motricité développe l'extension et la flexion et, surtout, les rééquilibre. Le rééquilibrage des muscles extenseurs et fléchisseurs, obtenu par des exercices qui vont du centre vers l'extérieur, réorganise la posture.
La respiration thoracique, c'est travailler dans les côtes avec un centre fort, le mode caractéristique du Pilates. La respiration abdominale, c'est relâcher pour aller respirer dans le ventre. Deux entrées différentes, selon ce que tu cherches dans la séance.
C'est une motricité primaire à part entière, aussi appelée radiation du nombril. Elle n'est pas un réflexe archaïque : elle est la base d'une stratégie de développement moteur (il en existe huit, développées notamment par Masgutova). Elle fonctionne comme un panier qui contient plusieurs réflexes ; en la travaillant, on vient solidifier ces premiers réflexes.
Oui, sans que le pratiquant le sache. Le répertoire contient déjà des exercices de réintégration. Le Moro passe par la respiration latérale thoracique en échauffement, mains poussant contre les côtes. Le Landau et le Pérez passent par les extensions : le Swan (ou Superman), le bridge, le nageur, avec des extensions controlatérales bras-jambes. Le RTL et le système vestibulaire passent par le Rolling like a ball en équilibre fessier.
En remettant le cerveau en sécurité. Le cerveau crée de la prédiction et cherche la survie ; quand on lui apporte de la sécurité par le mouvement et par la respiration en coordination, il se relâche. Un cerveau non stressé est meilleur pour le mouvement, et c'est ce qui produit le recentrage et le sentiment d'équilibre.
Parce que tout le monde n'a pas les mêmes besoins. Chez certaines personnes, des réflexes archaïques sont encore actifs et le travail produit beaucoup d'effets ; chez d'autres, les choses sont déjà en ordre et il se passe peu de chose. D'où l'intérêt d'un bilan individualisé, surtout en coaching, pour identifier les problématiques et travailler les bonnes entrées sensorielles.
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