Tape « comment est-ce qu'on bouge » sur Google : le système nerveux commande les muscles, le cerveau commande le mouvement. Pourtant, quand tu accompagnes quelqu'un, tu regardes presque toujours la sortie (amplitude, force, vitesse) et le système qui fabrique le geste reste dans l'angle mort. Les neurosciences du mouvement, c'est le bilan 2.0 de Labo RNP : lire le geste par sa lentille neuro, repérer où ça coince dans la chaîne nerveuse, et choisir l'outil selon la personne plutôt qu'une recette générique, parce que « si tu ne testes et ne retestes pas, tu ne fais que deviner ».
1/4h LabO #211 · Regarder l'épisode sur YouTube
Tape « comment est-ce qu'on bouge » sur Google : le système nerveux commande les muscles, le cerveau commande le mouvement. Pourtant, quand tu accompagnes quelqu'un, tu regardes presque toujours la sortie (amplitude, force, vitesse) et le système qui fabrique le geste reste dans l'angle mort. Les neurosciences du mouvement, c'est le bilan 2.0 de Labo RNP : lire le geste par sa lentille neuro, repérer où ça coince dans la chaîne nerveuse, et choisir l'outil selon la personne plutôt qu'une recette générique, parce que « si tu ne testes et ne retestes pas, tu ne fais que deviner ».
Si tu travailles autour du mouvement et de la motricité, tu as déjà l'œil pour observer comment un geste se réalise, de façon qualitative et efficiente. Labo RNP propose d'aller un cran plus loin : regarder la qualité de calibration du système nerveux qui produit ce geste. La lentille neuro du mouvement, c'est exactement ça, comprendre la base du système nerveux pour comprendre le mouvement.
Comment naît un mouvement ? En fouillant un peu, on tombe sur une liste de structures, non exhaustive mais déjà parlante. Le lobe frontal crée le mouvement volontaire. Le lobe pariétal place les membres et le corps dans l'espace. Le lobe occipital traite la vision. L'aire motrice supplémentaire stabilise l'axe et gère les mouvements bilatéraux. Le tronc cérébral produit surtout la stabilisation réflexe proactive. Les ganglions de la base initient le mouvement. Le thalamus régule la force. Le cervelet assure coordination, stabilisation et stabilisation réflexe rétroactive. Les nerfs périphériques conduisent l'influx. Et les récepteurs sensoriels captent : somesthésie au sens large, proprioception, sens visuel, sens vestibulaire.
Retiens ceci : la qualité d'un mouvement se lit dans la calibration de tout cet ensemble, pas seulement dans le résultat visible. Beaucoup de pros travaillent déjà avec les réflexes archaïques, logés dans le tronc cérébral (on y reviendra longuement). Quand le mouvement te passionne, laisser le système nerveux hors de l'équation revient à te priver de la moitié du tableau. D'où la logique de Labo RNP : tu devrais pouvoir tester et bilanter chacun de ces éléments, et avoir, en face de chaque test, des exercices ciblés.
La boucle sensori-motrice, qu'on appelle aussi boucle perception-action, vient des théories de l'apprentissage, et plus précisément de l'écologie de l'apprentissage. Chez Labo RNP, elle joue le rôle de pièce centrale : c'est elle qui permet d'articuler les différentes méthodes pour travailler le mouvement et la posture. Tant qu'elle tourne bien, le corps bouge de façon précise et coordonnée. Dès qu'elle se déséquilibre ou se calibre mal, le mouvement en souffre.
Concrètement, le système nerveux fait quatre choses. Il capte de l'information dans l'environnement, des millions de signaux à la seconde. Ces informations remontent vers le système nerveux central, c'est l'afférence. Là, il y a interprétation et prise de décision. Puis le système renvoie une réponse, l'efférence motrice, qui se traduit en mouvement, en cognition, en émotions.
Pour montrer comment cette boucle évolue, Romain sort l'image du séquoia. Quand tu sors du ventre de ta mère, tu es un tout petit arbre : très peu de cernes, très peu de stries. Au fil des mouvements, de l'ontogénèse et de la calibration des sens, ton système nerveux s'épaissit. Chaque « hiver » ajoute une cerne, un étage. Une blessure, un accident de parcours, et voilà un hiver manqué, une couche en moins. Or pour qu'un séquoia tienne debout face au vent, il lui faut être le plus large possible. Pour qu'un système nerveux soit bien calibré, il lui faut un maximum de couches.
L'objectif de Labo RNP découle directement de cette image : calibrer au mieux la boucle sensori-motrice, tendre vers les 100 % de calibration, faire en sorte que tous les sens soient calibrés au mieux. Plus une personne compense, moins les stries s'accumulent, et plus l'arbre risque de tomber au premier coup de vent.
Pour expliquer ce qui se joue au moment de l'interprétation, Romain change d'image et parle d'une balance. D'un côté entrent les entrées sensorielles, multiples, des millions à la seconde. De l'autre s'ajoutent l'activité physique, le sommeil, la nutrition, le stress, les émotions, les croyances. Tout ça arrive dans un filtre d'interprétation, situé entre le vieux et le nouveau cerveau. Ce filtre prend l'ensemble des informations entrantes et les compare entre elles, à la recherche de surplus, d'erreurs ou de non-concordances.
Prends une non-concordance que tout le monde connaît : le mal des transports. Le système visuel raconte une chose, le système vestibulaire en raconte une autre. Les deux signaux ne collent pas. Une alerte part vers le nouveau cerveau pour signaler que quelque chose cloche, et arrivent le petit haut-le-cœur et la tête qui tourne. Le mal des transports, rendu lisible.
Ces non-concordances, on en retrouve un peu partout, chez les enfants, les personnes âgées, les cadres supérieurs, les sportifs. Pas forcément au niveau du mal des transports. Prends un sportif avec un historique d'entorse. La cheville, via un déficit proprioceptif, indique que la personne part en chute sur la droite, alors que le système visuel et le système vestibulaire jurent que tout va bien : le regard est sur l'horizon, pas d'accélération de la tête. Le proprioceptif d'un côté, le visuel et le vestibulaire de l'autre : les signaux divergent.
Dernière image pour fixer l'idée, le tamis. Comme à la plage quand tu tamises le sable, les entrées sensorielles correctes, fines, tombent du côté sécurité. Tout ce qui est grossier, ce qui pose souci, ce qui empêche la boucle d'être calibrée à 100 %, tombe du côté survie. Tu obtiens un continuum. Côté sécurité, un séquoia adulte majestueux, proche des 100 % de calibration. Côté survie, un séquoia qui a loupé des hivers, des moments de calibration : une personne qui n'a peut-être pas rampé, pas fait de quadrupédie, ou qui a accumulé des blessures ayant entaché sa capacité proprioceptive. Plus il y a de problématiques, plus on glisse vers la survie.
Un bilan classique se concentre sur une seule partie de la boucle, la sortie motrice. Dans le sport, cette sortie, c'est un saut vertical, un temps de sprint, une charge en musculation. Chez l'enfant, c'est la capacité de graphisme, l'élocution, l'équilibre. Beaucoup de choses qui pèsent sur la motricité au sens large, et qui restent toutes du côté du résultat.
L'ouverture proposée par Labo RNP : il existe des moyens d'aller cibler les récepteurs sensoriels, et de regarder à quel point ils influencent, via la boucle, cette sortie motrice. On peut aussi tester les centres d'interprétation et de prise de décision. Bref, élargir le bilan à tout ce qui se passe en amont du geste.
Pour situer où agir, Romain reprend un schéma bien connu en kinésithérapie et en STAPS, qui découpe le mouvement en trois étapes classées dans le temps. D'abord la stabilité réflexe proactive, dite anticipatrice, qui survient avant le mouvement volontaire. Elle se voit à l'EMG : le gastrocnémien s'active avant le biceps au moment où la personne va saisir la poignée de porte. Vient ensuite le mouvement volontaire lui-même. Puis la stabilité réflexe rétroactive, compensatrice, qui ajuste après coup.
L'idée clé tient là. On reste d'habitude focalisé sur le mouvement volontaire, ce qui était encadré en rouge dans la boucle. Or en amont, il y a cette stabilité réflexe proactive. Et elle est bilantable. Tu peux aller la tester, agir dessus de manière analytique et précise, puis observer en quoi ça impacte l'ensemble de la boucle, et au bout, la posture, la motricité, le mouvement, la cognition, ou le développement de l'enfant.
Le tronc cérébral est l'élément central de l'épisode. Il abrite les réflexes archaïques, ce que beaucoup de pros savent déjà. La question de Labo RNP pousse plus loin : es-tu capable d'identifier précisément chaque étage du tronc cérébral, de les tester, et d'intervenir dessus ?
Au-delà des réflexes archaïques, le tronc cérébral pèse sur les fonctions autonomes, sur la douleur de manière générale, et fortement sur le tonus musculaire et la posture. Le tonus de base, ta façon de te tenir face à la gravité, est grandement médié par le tronc cérébral. Conséquence directe : si la posturologie t'intéresse, tu dois savoir tester et intervenir sur le tronc cérébral. Voilà ce qui tisse un lien naturel entre posturologie, réflexes archaïques et neurologie fonctionnelle.
Le tronc cérébral se divise en trois étages, et l'épisode en retient un nerf crânien par étage. Labo RNP teste les 12 paires de nerfs crâniens, parce que toutes comptent et sont liées aux réflexes archaïques et à la posturologie. Pour cette introduction, le focus se fait sur trois d'entre elles : le nerf 3 (mésencéphale), le nerf 8 (pont) et le nerf 11 (bulbe rachidien).
Le nerf 3 oculomoteur innerve certains muscles des yeux. Ces muscles servent à bien placer les yeux sur la cible pour prendre l'information. Dans le sport, pense à la joueuse de tennis qui doit poursuivre la balle pour soigner son timing et frapper au bon endroit, au milieu de la raquette. Pense à Dimitri Payet qui fixe son ballon pour réussir une frappe qui part droit au but, au handballeur qui prend sa cible, à une trajectoire en ski.
Maintenant, dézoome vers la vie de tous les jours. Le nerf 3, c'est aussi conduire, balayer une foule du regard quand tu viens chercher quelqu'un, repérer une bouteille d'eau, ou la problématique qui apparaît chez les personnes rivées à un écran toute la journée. Le nerf 3 compte, et il se bilante.
Le nerf 8, c'est le vestibulocochléaire. La partie vestibulaire gère l'équilibre. Rester stable quand tu cours, quelle que soit la vitesse, te pencher en arrière au moment d'un service au tennis, descendre et remonter sur un mouvement de musculation : tout ça passe par là. Le vestibulaire a aussi un grand impact sur le tonus des extenseurs, via les réflexes vestibulaires, ce qui se répercute jusque dans les mouvements de musculation.
Là encore, ça déborde largement du sport. Dès que tu fais un footing, dès que tu marches, dès que tu descends les escaliers, il y a un mouvement d'accélération de la tête. Accélération angulaire pour les canaux, accélération linéaire pour les organes otolithiques. Le message reste simple et large : l'humain a besoin d'équilibre, et cet équilibre se teste et se calibre.
Le nerf 11 accessoire innerve le trapèze et le sterno-cléido-mastoïdien, les muscles le long du cou. C'est un nerf très testé chez les sportifs, notamment pour les problématiques de commotion. Il sert à se protéger en boxe, à bien placer la tête lors d'un plaquage, et il intéresse aussi les sports automobiles.
Au quotidien, pense à tous les moments où tu sollicites les sterno-cléido-mastoïdiens pour tourner la tête, et au rôle des trapèzes. Pense à toutes les personnes qui se plaignent de leurs épaules. Ce nerf-là pèse lourd dans la vie de tous les jours, bien au-delà du terrain sportif.
En résumé, le tronc cérébral et ses 12 paires de nerfs crâniens forment un centre d'interprétation et de prise de décision. C'est ce qui influence le nombre de cernes de ton séquoia, ta progression vers les 100 % de calibration. Cette conférence en donne un aperçu volontairement zoomé : le tronc cérébral fait bien plus que les trois nerfs présentés ici.
Sébastien prend la main pour la partie pratique, avec une boussole à garder en tête tout du long : « Si tu ne testes et ne retestes pas, tu ne fais que deviner. » Tout peut être bon, et parfois tout ne l'est pas. Tant qu'on ne teste pas, on ne sait jamais quelle est la bonne stimulation. Cette démonstration a été menée en direct sur les participants : une logique présentée, pas un protocole clinique à appliquer tel quel.
Première étape, poser l'output de référence avec deux tests normés. Le normage compte : pieds joints, sur une ligne si possible. Test 1, la rotation du buste : bras devant soi, trois rotations gauche-droite pour s'échauffer, puis tu cherches l'amplitude maximale de chaque côté, et tu notes. Test 2, la flexion et l'extension du buste : descendre en flexion le plus bas possible trois fois pour chauffer, prendre la mesure, puis faire de même en extension. Ces deux tests donnent la norme de départ, l'état de calibration de la boucle à l'instant T.
Ensuite, une stimulation courte par étage du tronc cérébral, suivie à chaque fois d'un retest.
- Nerf 3 (mésencéphale). Exercice loin-proche du doigt. Tu rapproches ton doigt le plus près possible sans qu'il devienne flou, puis tes yeux regardent le doigt proche, puis le plus loin possible, proche, loin. Le doigt ne bouge pas, ce sont les yeux qui travaillent. 15 aller-retours. Tu sollicites uniquement les muscles extraoculaires innervés par le nerf 3. Puis tu refais les deux tests. - Nerf 8 (pont). Pieds largeur de bassin, ou pieds joints si tu es vraiment à l'aise. Doigt à environ 30 cm, yeux fixés dessus, et la tête fait un mouvement de « oui ». 20 à 30 secondes, en adaptant la surface de support, l'amplitude et la vitesse, sans tension dans la région cervicale. Puis retest. - Nerf 11 (bulbe rachidien). Des shrugs pendant 30 secondes : tu lèves les épaules le plus haut possible, comme pour toucher le plafond. L'intérêt, c'est d'observer la symétrie de force. Est-ce que les deux côtés génèrent autant, ou est-ce qu'une épaule commence à lâcher ? Puis retest.
Les résultats annoncés dans le chat ont été volontairement disparates : amélioration pour les uns, régression pour d'autres, neutre pour certains, et ça variait selon les nerfs. Sur le nerf 11, beaucoup de participants ont rapporté une grosse amélioration, sauf une personne, ce que Sébastien commente ainsi : « Un non-résultat est un résultat en soi. » Si une stimulation ne change rien, c'est que la personne était déjà en sécurité sur cet étage. C'est précisément cette variabilité qui place l'individualisation au centre du système.
Adrien referme sur l'application terrain. Le principe à retenir : quand une stimulation a amélioré ton output, c'est comme si tu avais ajouté une couche de calibration à ton séquoia, un pas de plus vers les 100 %, donc plus de mobilité. Quand elle l'a dégradé, c'est comme un hiver de plus, l'arbre devient plus frêle. Dans les deux cas, le simple fait qu'il y ait eu un changement signale que la boucle sensori-motrice n'est pas régulée à 100 %, et qu'il y a là quelque chose à retravailler.
D'où la consigne pratique : repère les exercices qui t'ont amené de l'amélioration, et fais-en un petit travail quotidien, 20 à 30 secondes par jour. Ça suffit à moduler les résultats sur le long terme. La lecture sécurité-survie aide à comprendre pourquoi un même exercice marche chez l'un et pas chez l'autre. Si la stimulation se filtre du côté sécurité, elle améliore ton mouvement. Si elle tombe du côté survie, par exemple le mouvement de « oui » pour un système vestibulaire encore flou, elle peut le dégrader. Voilà ce que le retest permet de trancher.
Adrien avance un chiffre pour situer l'enjeu : selon lui, plus de 80 % des blessures et des baisses de performance seraient liées à un problème du système nerveux central. C'est son affirmation dans le webinaire, pas un fait établi présenté comme tel, et il souligne que très peu de monde va réellement regarder de ce côté. La note d'espoir qu'il pose pour finir : cette boucle se retravaille à tout âge et dans tous les contextes. C'est tout l'intérêt de tester, stimuler, retester, plutôt que de continuer à deviner.
Il mobilise un ensemble de structures, listées de façon non exhaustive dans l'épisode : le lobe frontal pour le mouvement volontaire, le lobe pariétal pour le placement du corps dans l'espace, le lobe occipital pour la vision, l'aire motrice supplémentaire pour la stabilisation de l'axe, le tronc cérébral pour la stabilisation réflexe proactive, les ganglions de la base pour l'initiation, le thalamus pour la régulation de la force, le cervelet pour la coordination et la stabilisation rétroactive, les nerfs périphériques pour la conduction, et les récepteurs sensoriels (proprioception, visuel, vestibulaire) pour capter l'information. La qualité du mouvement dépend de la calibration de l'ensemble.
C'est le cycle par lequel le système nerveux produit un geste. Il capte l'information de l'environnement, la fait remonter vers le système nerveux central (afférence), l'interprète et prend une décision, puis renvoie une réponse motrice (efférence). Quand cette boucle est mal calibrée, le mouvement est affecté.
Dans le tronc cérébral. C'est aussi ce qui relie naturellement les réflexes archaïques à la posturologie et à la neurologie fonctionnelle, puisque tout passe par cette même région.
Il médie le tonus de base, ta façon de te tenir face à la gravité. Il agit sur les fonctions autonomes et sur la douleur, et il produit la stabilité réflexe proactive, cette stabilisation anticipatrice qui précède le mouvement volontaire. Si tu t'intéresses à la posture, tu dois savoir le tester et intervenir dessus.
Parce que sans retest, tu ne fais que deviner. Le retest est le seul moyen de mesurer l'effet réel d'une stimulation sur la boucle : amélioration, régression ou aucun changement. Et un non-résultat est lui aussi un résultat, il t'indique que la personne était déjà en sécurité sur l'étage stimulé.
Oui. La boucle sensori-motrice se recalibre à tout âge et dans tous les contextes. C'est la bonne nouvelle avancée par Adrien : en repérant et en répétant les stimulations qui améliorent ton output, tu peux moduler tes résultats sur le long terme.
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