En entraînement visuel de performance, le réflexe est toujours le même : sortir les balles, le jonglage, le suivi du regard, faire bosser l'œil-main pendant des semaines. Et rien ne bouge vraiment. Frédéric Sabre, référent vision chez LabO RNP, propose un autre regard : avant l'exercice, l'ordre. Une pyramide de développement visuel te dit quel étage valider avant de monter au suivant.
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En entraînement visuel de performance, le réflexe est toujours le même : sortir les balles, le jonglage, le suivi du regard, faire bosser l'œil-main pendant des semaines. Et rien ne bouge vraiment. Frédéric Sabre, référent vision chez LabO RNP, propose un autre regard : avant l'exercice, l'ordre. Une pyramide de développement visuel te dit quel étage valider avant de monter au suivant.
Dans le milieu de la posture, le même réflexe revient sans cesse : on attaque direct les convergences, les exercices œil-main, on sort les outils sans se demander ce qui les soutient. C'est précisément le point de départ de cet échange. On saute au sommet de la pyramide, alors que ce sommet ne tient que si tout ce qu'il y a en dessous est en place.
Le mécanisme est simple. Le rapport œil-main est une fonction de haut niveau, posée sur une cascade de fonctions plus basiques. Quand la vision n'est pas structurellement bonne, ou qu'elle est fonctionnellement déficiente sur certaines bases, le développement de la fonction motrice, de l'œil-main et de la fonction sensorielle se passe mal. Tu peux jongler avec un client pendant des mois : si l'étage du dessous est troué, tu construis sur du vide.
D'où l'intérêt d'avoir cette pyramide en tête avant de choisir le moindre exercice. Elle te dit où regarder, dans quel ordre, et surtout où tu n'as pas à intervenir toi-même.
Le cadre vient de Patrick Quaid, un optométriste à vision globale, membre du COVD (College of Optometrists in Vision Development), l'un des gros organismes internationaux de référence sur l'aspect holistique de la vision. Quaid a proposé sa pyramide vers 2016. Elle décrit les étapes de développement des fonctions visuelles, du bas vers le haut.
Pour les pros qui ont suivi la BO RNP, Fred précise que ça complète l'axe phylogénétique de la vision déjà traité par Romain dans la formation. Quaid, lui, se concentre uniquement sur la vision binoculaire. Fred trouve plus utile de mixer cette pyramide avec quelques aspects de vision plus générale, et c'est cette version revisitée qu'il déroule ici.
L'idée à retenir : chaque étage est une condition pour le suivant. Tu valides la base, puis tu montes. Tu ne montes pas tant que la base n'est pas saine.
Tout en bas de la pyramide, il y a les structures. L'aspect structurel de l'œil. C'est exactement pour ça que chez LabO, on te demande d'envoyer ton client checker un ophtalmologue, au-delà même d'un professionnel de la vision. Un bilan à moins de 3 ans, en règle générale, pour savoir si tout est OK.
Pourquoi l'ophtalmo et pas un autre ? Parce que c'est le seul professionnel de vision qui peut te garantir que, structurellement, tout est sain. Prends un déficit de champ de vision. Ça peut être une simple fonction un peu déficiente par rapport au système nerveux, le genre de chose dont on parle chez LabO. Mais ça peut aussi venir de ton nerf optique, au niveau des fibres, qui est atteint : un glaucome. Et si personne ne fait rien, le glaucome perdure, se développe, et d'année en année il finit par ne plus rester grand-chose de la vision périphérique.
Même logique sur l'acuité visuelle. Elle peut être pénalisée par un état mouvant de la vision, OK. Mais elle peut aussi venir d'un état structurel : une cataracte, une kératite, un problème de rétine type maculopathie. Là, tu as un déficit d'acuité absolument pas réversible, et qui peut dégénérer alors qu'il y avait potentiellement quelque chose à faire. Ce serait dommage de passer à côté.
Attention au cadrage, par contre. L'idée n'est pas que toi, pro formé LabO, tu analyses ça. C'est l'inverse exact. Tu envoies vers le bon professionnel pour les structures, parce que ce n'est pas ton rôle. L'ophtalmo va se concentrer sur une seule question : est-ce que l'œil est sain et en bonne santé ? Il s'assure que les structures permettent aux fonctions de base (acuité, champ de vision) d'être OK. Les notions plus fines de performance visuelle, lui ne va pas forcément les checker, sauf plainte évidente du patient. Ce n'est pas son cœur de métier, et il ne faut pas lui en vouloir. Il faut juste savoir ce qu'on attend quand on réfère.
Une fois les structures validées, on commence à monter. Et avant d'être binoculaire, tout est d'abord monoculaire : chaque œil doit bien fonctionner seul.
Premier étage fonctionnel : l'aspect sensoriel monoculaire. C'est l'acuité de vision et le champ de vision, œil par œil. Le fameux examen de vue, où on cherche à maximiser la netteté. Le mot clé, c'est « confortablement » : une vision la plus nette possible, mais sans excès du muscle, sans torsions qui viendraient compenser. Et un champ de vision optimal, qui confirme au passage que les fonctions sont bonnes structurellement.
Autre fonction monoculaire : l'accommodation. Le « zoom » de l'œil, la mise au point qui se fait à l'intérieur. La preuve que c'est bien monoculaire ? Une personne qui n'a plus qu'un seul œil accommode quand même pour faire sa mise au point. C'est une fonction motrice qui marche œil par œil.
Fred rappelle ici les lois de Hering et Sherrington, bien connues des pros du mouvement comme des pros de vision. Forcément, ça fonctionne des deux côtés. Petit point d'ordre qu'il glisse au passage : entre l'acuité et l'accommodation, on retrouve déjà les fonctions motrices (poursuites, saccades, convergence, divergence), qui viennent donc avant l'accommodation dans la séquence.
À partir de là, on travaille avec les deux yeux ensemble, dans un ordre précis.
D'abord la fonction motrice oculaire : les poursuites, les saccades, la convergence, la divergence. Les mouvements de base des yeux, ceux qui te permettent de suivre une cible ou de sauter d'un point à un autre.
Ensuite les vergences fusionnelles. Concrètement : la capacité à atteindre une convergence et une divergence maximales tout en conservant la fusion. Tu pousses les yeux à se rapprocher ou à s'écarter au maximum sans que l'image se dédouble.
Puis la fusion sensorielle. Les tests où on dissocie la vision pour vérifier deux choses en même temps : que chaque œil fonctionne indépendamment, et qu'il reste capable de fusionner les éléments communs. Fred en cite un qu'il aime bien, le test de Worth, qui permet de voir tout ça.
Vient ensuite la stéréoscopie, plus fine : la capacité à voir les éléments en 3D, en relief. Et c'est seulement une fois ce rapport de stéréoscopie présent, tout en haut de la pyramide, qu'on peut développer le rapport œil-main, essentiel dans beaucoup de sports. Le geste sportif est au sommet. Il a besoin que toutes les bases de la pyramide soient présentes et validées avant lui.
C'est là que l'approche LabO RNP rejoint la pyramide. Quand on parle de réflexe archaïque, beaucoup pensent au réflexe tonique asymétrique du cou. Et on entend souvent : « moi j'ai un réflexe tonique asymétrique du cou, mais je n'arrive pas à le réintégrer. » Pourquoi ? Souvent parce qu'on est allé chercher uniquement la composante motrice de ce réflexe.
Or ce réflexe va bien au-delà du mouvement. Le travailler, ça ne veut pas dire seulement jongler ou suivre une balle du regard. Il faut prendre en compte tout l'aspect sensoriel autour : la composante vestibulaire, la composante proprioceptive, et une grosse composante visuelle. Tant que la part visuelle n'est pas pleinement saine, le réflexe ne s'intègre pas. Tout est interconnecté.
D'où le renversement de regard que propose Fred. Beaucoup de pros l'interpellent via la formation : « il y a une insuffisance de convergence », « les yeux tremblent ». Sa réponse : peut-être que l'œil n'est pas en défaut. Peut-être que ça se joue au niveau d'un réflexe archaïque, et qu'en le travaillant, ton output visuel se règle. Tu n'es pas professionnel de vision, tu ne travailles pas sur le défaut visuel en soi. Mais via la formation LabO, les problèmes de vision peuvent être perçus comme des outputs, à recibler. Si en travaillant le corps tu optimises au passage l'aspect visuel, c'est tout bénéfice. Et sur la convergence en particulier, il y a de très grosses cartes à jouer avec ce que propose la formation. Perçois-le comme ça : c'est porteur et bénéfique pour le client en face de toi.
Reste une règle de cadre, non négociable. Un coach sportif, un kiné, n'ont pas le droit d'utiliser les outils de la vision, quels qu'ils soient. Repérer une insuffisance de convergence, oui, tu peux. La bilanter finement et la traiter avec les outils dédiés, non. Il faut t'appuyer sur un groupe collaboratif de professionnels.
Côté pro de vision, il existe toute une batterie de tests qui permet d'évaluer finement ce qui se passe. C'est pour ça qu'interagir avec la personne qui bilante a tellement de valeur. En France, et à la connaissance de Fred, les plus aptes et les plus réglementés pour ce travail sont les orthoptistes, à condition qu'ils soient spécialisés sur cette vision binoculaire de performance et de sport. Quand tu cherches, cible donc des orthoptistes spécialisés là-dedans. Tu as aussi les optométristes, qui ont suivi le type de formation de Fred et qu'on retrouve dans différentes structures : ça dépendra de chacun, et de s'il a choisi de se développer sur la performance visuelle. Et même, parfois, certains ophtalmologues, même si ce n'est pas leur cœur de métier (ils sont plutôt sur la pathologie et les opérations que sur le fonctionnel). L'idée reste la même : chercher, et sensibiliser le pro de vision.
Pour faire ce lien, Fred a créé une fiche de suivi. Le problème qu'elle règle : trop souvent, quand on réfère un client, le pro de vision le renvoie avec un « c'est bon, tout est OK », alors que ce n'est pas ce qu'on voulait vraiment faire vérifier. La fiche propose des tests rédigés pour être lisibles des deux côtés : compréhensibles par le pro du mouvement formé LabO, et compréhensibles par le pro de vision, qui les saisira forcément puisqu'il est du métier. Un professionnel de vision qui n'a même pas suivi la formation peut répondre à ta demande grâce à cette fiche. Elle est là pour créer l'interaction et le lien entre les pros LabO du mouvement et les pros de vision. Sers-t'en, et fais des retours à Fred pour la faire évoluer.
Au bout du compte, deux choses à emporter. Une pyramide qui développe l'axe visuel étage par étage, qu'on repasse et qu'on checke pour voir ce qui va et ce qu'il y a à travailler. Et une logique pluridisciplinaire : pour suivre quelqu'un dans les meilleures conditions et l'aider à optimiser sa boucle sensorimotrice, il faut s'entourer d'une équipe.
La vision n'est pas isolée : elle fait partie d'une boucle sensorimotrice. Un réflexe archaïque comme le réflexe tonique asymétrique du cou a une composante motrice, mais aussi vestibulaire, proprioceptive et visuelle. Une fonction visuelle déficiente (par exemple une convergence faible) peut être l'output de quelque chose qui se joue ailleurs dans le système nerveux. En travaillant le corps, on peut parfois régler cette sortie visuelle.
Du bas vers le haut, en validant chaque étage avant le suivant. D'abord les structures (santé de l'œil), puis le sensoriel monoculaire (acuité, champ de vision), les fonctions motrices, l'accommodation, puis le binoculaire : vergences fusionnelles, fusion sensorielle, stéréoscopie, et enfin le rapport œil-main au sommet. Attaquer l'œil-main d'emblée ne marche pas si les bases ne sont pas en place.
Un cadre proposé vers 2016 par Patrick Quaid, optométriste membre du COVD (College of Optometrists in Vision Development). Elle décrit les étapes de développement des fonctions visuelles, étage par étage. Fred Sabre en propose une version revisitée qui mixe la vision binoculaire de Quaid avec des aspects de vision plus générale.
Parce que c'est le seul professionnel qui peut garantir que l'œil est structurellement sain. Un déficit de champ de vision ou d'acuité peut cacher un glaucome, une atteinte du nerf optique, une cataracte, une kératite ou une maculopathie. Ces déficits ne sont pas réversibles et peuvent dégénérer. On vise un bilan à moins de 3 ans pour s'assurer que la base de la pyramide est saine.
Non, pas avec les outils de la vision : un coach ou un kiné n'a pas le droit de les utiliser. Tu peux repérer une insuffisance de convergence, et tu peux travailler le corps pour optimiser un output visuel via l'approche LabO. Mais le bilan fin et le travail sur le défaut visuel lui-même relèvent d'un professionnel de vision.
En France, en priorité des orthoptistes spécialisés en vision binoculaire de performance et de sport, qui sont les plus réglementés pour ça. Ensuite des optométristes, selon leur spécialisation, et parfois certains ophtalmologues, même si ce n'est pas leur cœur de métier. Dans tous les cas, sers-toi de la fiche de liaison créée par Fred pour faire le lien entre toi et le pro de vision.
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