La question vient d'un membre de la troisième cohorte de LabO, aussi concrète qu'on peut l'espérer : en entraînement sensorimoteur, par quoi commencer entre le visuel, le vestibulaire, le proprioceptif et les réflexes archaïques, avant une séance ? Quatre portes devant toi, aucune indication sur laquelle pousser en premier. La vraie réponse tient à une logique de priorisation que tu poses selon la personne en face.
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La question vient d'un membre de la troisième cohorte de LabO, aussi concrète qu'on peut l'espérer : en entraînement sensorimoteur, par quoi commencer entre le visuel, le vestibulaire, le proprioceptif et les réflexes archaïques, avant une séance ? Quatre portes devant toi, aucune indication sur laquelle pousser en premier. La vraie réponse tient à une logique de priorisation que tu poses selon la personne en face.
Avant de prioriser, il faut savoir ce qu'on priorise. Le cerveau a une obsession : la survie. Tant qu'il ne se sent pas en sécurité, il ne va pas chercher la performance. Une fois sécurisé, là, il peut. Et pour décider quoi que ce soit, il lui faut de l'information.
Pour la collecter, il dispose de capteurs partout dans le corps, des petits GPS qui remontent des données en continu. Ces capteurs se rangent en trois grandes composantes. Le système visuel. Le système vestibulaire, l'oreille interne, l'équilibre. Et le système proprioceptif, la perception de la position et du mouvement de tes propres segments. Le cerveau récolte ce qui arrive d'un peu partout, il intègre, il décide, il renvoie une commande dans le corps. Collecter, intégrer, décider, agir : voilà la boucle.
Garde cette logique en tête, parce que tout le reste en découle. Un geste, c'est d'abord de l'information sensorielle correcte qui remonte, puis une décision motrice qui redescend. Quand l'info qui remonte est fausse ou incomplète, la commande qui redescend ne peut pas être juste. Mécanique implacable.
Tu veux un ordre par défaut pour poser une séance ? Le voici : visuel, puis vestibulaire, puis proprioceptif, puis réflexes archaïques. La raison se trouve dans le fonctionnement du cerveau. Au niveau sensoriel, le visuel est ce qui capte et apprend le plus d'information. De toute façon tu ne pourras pas faire l'impasse dessus à l'échauffement, alors autant le placer tôt et le placer vite.
Maintenant, tête froide : cet ordre reste générique. Il se plie à la personne et à sa manière de réagir à tel ou tel exercice. Deux individus au profil apparemment identique ne répondent pas pareil aux mêmes stimulations. Ce qui tranche vraiment, c'est ce dont la personne a besoin à prime abord, et ça, seul le bilan te le dit. L'ordre par défaut est un point de départ, pas une loi.
Dans la pratique, l'auteur le dit cash : à son propre entraînement, il aime enchaîner visuel, vestibulaire, proprio, réflexes archaïques, puis il glisse ces blocs dans le warm-up selon ce qui « match » ce jour-là. Quand il entraîne quelqu'un ou qu'il suit une personne, même chose, un mix, mais toujours posé logiquement et relié au bilan.
Soyons honnêtes : dans cet épisode, les réflexes archaïques sont restés en bout de chaîne, et c'est cohérent avec leur place dans l'ordre. Il y a une raison. Un réflexe archaïque mobilise souvent plusieurs composantes sensorielles à la fois. Tu n'es presque jamais sur un système isolé quand tu travailles dessus. Ils s'inscrivent donc dans la même logique et la même lignée que le reste, en fin de parcours, une fois les briques visuelle, vestibulaire et proprioceptive abordées.
Tu peux travailler le visuel seul, le vestibulaire seul, la proprio seule. C'est légitime, et même nécessaire pour cibler. Mais l'isolation reste une étape, jamais la destination. Le moment intéressant arrive quand tu recombines tout. Dans la vraie vie de monsieur et madame tout le monde comme dans la performance sportive, les systèmes ne travaillent jamais chacun dans leur coin. Ils travaillent ensemble.
Donc tu isoles pour réparer un manque précis, puis tu rassembles vers une tâche qui ressemble le plus possible au quotidien de la personne ou à son geste sportif. L'objectif : arriver sur quelque chose de cohérent avec sa problématique, pas une collection d'exos déconnectés les uns des autres.
Un exemple parlant. Imagine quelqu'un avec un souci au niveau du cervelet gauche, dans son système d'interprétation. Le cervelet est connecté au système vestibulaire et au système proprioceptif. Tu peux aussi le stimuler via le système visuel. Tu vas alors chercher un petit exercice visuel pour augmenter la stimulation dont il a besoin. Une seule cible, le cervelet, plusieurs portes d'entrée, visuel, vestibulaire, proprioceptif. Voilà pourquoi savoir isoler ET réintégrer change la donne.
Le cœur du sujet est ici, dans l'écart entre un geste mécanique et un geste conscientisé. Demande à quelqu'un de bouger son poignet. Il va t'agiter tout l'avant-bras, ou produire un mouvement à côté. Lui faire sortir le poignet seul, la volonté réelle du poignet qui monte et qui descend, c'est étonnamment dur. Même topo sur l'épaule : la personne veut faire des mobilisations d'épaule, et bien souvent ce sont les bras qui bossent, pas l'épaule. La proprioception conscientisée n'est pas travaillée à 100 %.
Le contraste éclate sur le dos rond / dos creux. Fait mécaniquement, où on cherche juste à arrondir puis à creuser, tu obtiens un résultat. Mais à l'instant où tu dis « là c'est vraiment le haut du dos qui va chercher la montée, et vraiment lui qui redescend », les améliorations deviennent bien plus nettes au niveau de la cage thoracique et du plan scapulaire. Pourquoi cet écart ? Parce que le cerveau a conscientisé une action au lieu de la subir.
Même mécanisme avec les tapis et semelles proprioceptifs type Naboso. Tu poses les pieds dessus, le retour moteur est immédiat. Immédiat parce que le pied vient enfin de se rendre compte qu'il y a quelque chose qui bouge sous lui. Cette espèce d'immaturité proprioceptive disparaît d'un coup. Quand tu lèves le bras avec la force réelle de l'épaule, c'est plus lent, plus contrôlé, et le gain de mobilité est meilleur. L'auteur précise l'avoir testé sur d'autres personnes, donc ce n'est pas qu'une perception à lui. La logique de fond : la proprio améliore le schéma corporel, la cartographie du corps, et un corps mieux cartographié va plus loin en mobilité.
Voilà le hic pour le public sportif. En coaching, la proprio est déjà beaucoup travaillée mécaniquement, à travers la mobilité, le suivi, ce genre de choses. Si tu t'entraînes en faisant les choses correctement comme elles se font aujourd'hui, ta proprio est déjà pas mal sollicitée. C'est d'ailleurs ce que cherchent les CARs, les rotations articulaires contrôlées façon Dr Spina : du contrôle sur de grandes amplitudes, un aspect positif et de plus en plus présent. Mais justement, comme cette case est déjà cochée, tes gains supplémentaires se nichent souvent ailleurs. Le vrai sujet devient la proprio fine et conscientisée, la cervicale par exemple, que beaucoup ignorent au point de ne pas savoir qu'ils ont des récepteurs là. Pas la proprio mécanique que tu fais déjà.
C'est la composante la plus négligée, et c'est là que tu trouves des gains rapides. Commence par tester le champ visuel. Demande à la personne de se retourner, balaie son champ de vision, et observe : certains sont bien plus restreints d'un côté que de l'autre. Une zone que l'œil ne voit pas, c'est une information que le cerveau n'a pas. Et une information manquante, le cerveau la traite comme une menace. Alors comment veux-tu progresser en t'entraînant sur une menace ?
Reviens au développé couché. La personne a les yeux ouverts, mais à la descente, la barre lui échappe d'un côté alors qu'elle la garde de l'autre. Même si elle « voit » globalement, au niveau sensoriel son cerveau ne réagit pas du tout pareil des deux côtés, et il perd beaucoup d'information. Si en tant que préparateur physique tu repères que ça coince sur la vision périphérique, tu peux régler ça sur le moment. Quelques exos de 20 à 30 secondes pour regagner quelques degrés, et à la descente suivante la personne est plus équilibrée au moment de repartir sur l'appui. Résultat concret : moins de risque de blessure, et si l'objectif est la force max, peut-être 2 à 3 kg de plus sur la barre. Tu te rapproches de l'objectif initial avec un réglage qui n'a presque rien coûté.
Un mot sur une mode du moment : la convergence oculaire. De plus en plus de gens se ruent dessus. Sauf que la convergence, c'est à peu près le huitième point à développer au niveau de l'œil. Il y a des choses à régler avant, et le champ visuel en fait partie. Au passage, un œil, c'est six groupes musculaires : ça se mobilise selon les besoins, exactement comme tu mérites un entraînement physique. Il faut pouvoir mériter l'entraînement avec les deux yeux aussi.
Pour tester proprement, garde quelques repères en tête. La tête a un angle, autour de 18°, où tu n'es déjà plus en vision périphérique. Et la périphérie elle-même se découpe en compartiments : proche, médian, large. Tu peux avoir un souci dans chacun de ces compartiments indépendamment des autres. L'enjeu, c'est de repérer lequel souffre, parce que c'est là que se planque l'information manquante que tu dois aller récupérer.
Tout converge vers un seul outil de décision : le bilan. Un athlète à l'entraînement et une personne lambda venue pour une reprogrammation ne reçoivent pas la même priorisation, et un coach qui pose la question encore moins. Aucune règle universelle ne sortirait avant le bilan. C'est lui qui te dit ce qui « match » et ce qui, chez cette personne précise, va permettre d'améliorer le jeu.
Concrètement, tu places ces stimulations dans le warm-up selon ce qui matche le profil du jour. Et tu accentues une composante sans jamais la prioriser à 100 %, parce que tout est lié. On a rarement quelqu'un qui va mal uniquement au visuel et parfaitement bien au vestibulaire. C'est comme les filières énergétiques : tu peux mettre l'accent sur l'une, mais tu ne débranches jamais les autres.
La synthèse opérationnelle tient en trois mouvements. Un : pars de l'ordre par défaut, visuel puis vestibulaire puis proprio puis réflexes archaïques, et place le visuel tôt. Deux : pour le public sportif, va chercher tes gains côté visuel et vestibulaire, plus la proprio fine et conscientisée, parce que la proprio mécanique est déjà saturée. Trois : isole ce qui coince, puis recombine vers le geste réel. Le reste, c'est le bilan qui tranche.
C'est le travail des trois systèmes qui alimentent la motricité : le visuel, le vestibulaire et le proprioceptif. Le principe de fond, c'est une boucle. Le cerveau collecte de l'information via des capteurs répartis dans tout le corps, il l'intègre, il prend une décision, puis il renvoie une commande dans le corps. Travailler le sensorimoteur, c'est intervenir sur la qualité de cette boucle, en commençant par l'information qui remonte.
Les bénéfices cités dans l'épisode sont concrets : une meilleure mobilité, parce qu'un schéma corporel plus précis te laisse aller plus loin, un schéma corporel et une cartographie du corps plus fiables, un meilleur équilibre et un appui plus solide, un risque de blessure réduit, et parfois quelques kilos de plus à la barre quand l'objectif est la force max, de l'ordre de 2 à 3 kg après un réglage de vision périphérique. Beaucoup de ces retours sont immédiats, observables dès la séance.
Trois étapes. D'abord un ordre de priorisation par défaut : visuel, vestibulaire, proprioceptif, réflexes archaïques, avec le visuel placé tôt dans l'échauffement puisqu'on ne peut pas en faire l'impasse. Ensuite, l'isolation : tu travailles chaque système séparément pour réparer un manque identifié. Enfin, l'intégration : tu recombines vers une tâche proche du quotidien ou du geste sportif. Le tout se loge dans le warm-up, dosé selon ce que révèle le bilan.
Par le test, pas par l'intuition seule. L'auteur le dit clairement à propos de ses observations sur la proprio conscientisée : il les a vérifiées sur d'autres personnes, donc ce n'est pas qu'une perception personnelle. Et la fiabilité d'une priorisation se vérifie sur l'individu : c'est le bilan qui ancre la décision, en testant réellement le champ visuel, la vision périphérique, la proprio fine, plutôt qu'en appliquant une règle générale.
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