L'entraînement neurocognitif part d'un constat d'Anthony Lespade, functional mental coach installé à Bordeaux : dans un quotidien « extrêmement parasitaire », nos facultés attentionnelles s'érodent, et le sportif n'y échappe pas. Comment les remuscler sans gadget ? Réponse.
1/4h LabO #151 · Regarder l'épisode sur YouTube
L'entraînement neurocognitif part d'un constat d'Anthony Lespade, functional mental coach installé à Bordeaux : dans un quotidien « extrêmement parasitaire », nos facultés attentionnelles s'érodent, et le sportif n'y échappe pas. Comment les remuscler sans gadget ? Réponse.
Anthony Lespade ne tourne pas autour du pot : notre quotidien est devenu « extrêmement parasitaire ». On est surstimulé, mais de la mauvaise manière. Le téléphone agit comme une « drogue invisible », et petit à petit, on perd nos facultés attentionnelles par rapport à la société dans laquelle on vit. Le sportif n'y échappe pas.
Functional mental et neurocognitif coach installé à Bordeaux, Anthony est passé par le tourisme d'aventure et l'expédition polaire. C'est là, dans ces environnements extrêmes, qu'il a senti qu'il se passait des choses dans sa tête, et qu'il a voulu comprendre. De ce parcours, il tire une question qui pique : ton cerveau suit-il le rythme que la société lui impose, ou es-tu en train de perdre ta capacité à te concentrer sans même t'en rendre compte ?
Il en parle par le vécu. Depuis un an, il a un chien qu'il promène environ deux heures par jour. Longtemps, il a marché scotché à son téléphone (« mon téléphone, c'est un peu un autre travail », toutes les sollicitations viennent de là). Aujourd'hui, il ne le regarde plus quand il marche. Il profite des paysages. En ce moment, il y a beaucoup de neige chez lui, et revoir les paysages sous la neige, marcher dedans, il trouve ça « tellement jouissif ». L'émerveillement de l'instant, on l'a oublié.
La bonne nouvelle : ça se rééduque, comme un muscle. Voici comment.
Anthony s'est spécialisé dans une méthode qu'il appelle l'entraînement neurocognitif. Sa définition tient en une phrase : la focalisation sur l'entraînement des capacités attentionnelles chez l'individu.
Ces capacités attentionnelles, concrètement, ça regroupe la concentration, la reconcentration, le focus, le flow, et la gestion de l'impulsivité. Son job, c'est d'accompagner l'individu pour rééduquer tout ça. L'objectif est double : être meilleur dans sa routine sportive, et traverser son quotidien avec le plus d'énergie possible, en faisant baisser cette jauge d'énergie le moins rapidement possible.
En préparation mentale, lors d'une évaluation, on questionne l'individu et on l'évalue sur plusieurs critères. Anthony en cite plusieurs : les capacités émotionnelles, les capacités de conscience modifiée et d'imagerie mentale, les habiletés de base (l'engagement, la motivation), la gestion de l'énergie et du corps (l'alimentation, le sommeil).
Les capacités attentionnelles forment une de ces cases. S'il a choisi de s'y spécialiser, c'est précisément parce que c'est là que le quotidien parasitaire fait le plus de dégâts, chez tout le monde comme chez le sportif.
Derrière cette approche, il y a de la science. Anthony nomme la méthodologie : le BET, brain endurance training. Et il insiste, c'est « une vraie méthodologie d'entraînement ». L'attention se travaille avec la même logique d'endurance qu'une qualité physique, et c'est ce cadre qui structure sa prise en charge.
D'où vient le problème ? La réponse est multifactorielle. Anthony en isole plusieurs pièces.
D'abord, le développement de l'enfance, avec tout le côté sensoriel et le développement qui s'y joue. Ensuite, la société. Normalement, l'environnement devrait être assez riche de défis, de tâches et de stimulation pour nous éveiller à notre juste valeur et faire en sorte que notre cognition se passe bien. Sauf qu'on est surstimulé de la mauvaise manière. Nos stocks de récompenses, qui sont très chimiques, sont mis à rude épreuve par notre consommation d'information. Mets tout ça dans un shaker, et ça vient affecter notre côté très archaïque. Quand on est enfant et qu'on s'imagine dans la jungle, dans un environnement primaire, c'est une bombe de sensorialité. Or on n'a aucun « code de la route » des bonnes pratiques d'utilisation du téléphone et de la technologie. On a trop d'information sur ce qui n'est pas bon, et pas assez sur ce qui devrait l'être.
S'ajoute la déconnexion de la nature et la perte de résilience. Le constat d'Anthony est personnel : quand il neige, il n'y a personne dehors. En octobre et novembre, il a quasiment fait que pleuvoir, et les seuls moments où il croise des gens dehors, c'est quand il fait beau et qu'il y a du soleil. « Ça voudrait dire que pour être en santé, il faut qu'il fasse beau », et il trouve ça triste. On reste dans un ultra confort dès que les conditions climatiques ne nous arrangent pas.
Le froid l'illustre bien. Ces derniers jours, il a fait -4 °C, et tout le monde trouve ça insupportable. Pourtant son enfance, et même jusqu'à il y a quelques années, c'était -25 °C dans l'Est de la France. On a perdu nos phénomènes de résilience face à ces situations. On se berce dans le confort, on agit seulement quand les conditions nous arrangent, donc on bouge beaucoup moins.
L'idée clé tient en une phrase : on ne nourrit plus nos capteurs. Les informations sensorielles qui rentrent se raréfient, et c'est là-dessus que les capacités s'érodent. On en arrive même aux extrêmes, où il faudrait absolument prendre des bains froids pour être en santé, alors qu'avant ça faisait simplement partie des conditions de vie.
Anthony se définit comme functional mental coach, et il refuse les promesses faciles. Une séance s'inscrit toujours dans une globalité de cycle, de programmation, de périodisation. Il arrive qu'un simple échange déclenche des prises de conscience fortes, sur du one-shot. Mais il le répète : il n'y a pas de produit miracle, pas de baguette magique. C'est de l'accompagnement sur le long terme, toujours amené par une évaluation.
Cette évaluation, il l'appelle la phase de testing et la phase de lucidité. Il veut que l'athlète soit lucide sur pourquoi il est là et sur ce qu'il traverse, et lui-même veut être lucide sur qui il a en face de lui. Pendant cette inspection, il se compare à un détective privé : plein d'outils, une vision très large et holistique, pour récolter toutes les pièces du puzzle avant de décider de la programmation.
Sa logique est fonctionnelle : dans le corps humain, tout est lié, interconnecté, en mouvement. Alors il pose des questions sur l'alimentation, le sommeil, sur tout un tas de piliers, pour comprendre les déséquilibres et repérer les « grains de sable dans l'engrenage ». Le but final tient en une formule, dans cette vision labo rnpiste : passer de la survie à la performance.
Anthony travaille avec deux grandes pyramides en tête.
La première, c'est la pyramide du développement. À son sommet se trouve la cognition. Et c'est en bas que tout se construit, de la dimension perceptive à la dimension motrice, en passant par les inputs sensoriels qui rentrent dans le cerveau et conditionnent ce qui en ressort, qu'il soit moteur, cognitif ou émotionnel. Enlève un pilier de cette pyramide, et elle se retrouve en déséquilibre.
La seconde, c'est la pyramide des besoins, qui renvoie à quelque chose de plus personnel et relève davantage du cadre de la préparation mentale. Ensemble, ces deux pyramides l'aident à lire la stabilité réelle de la personne en face de lui.
C'est le passage le plus contre-intuitif de l'épisode, et le plus honnête. La veille, justement, Anthony intervenait en formation sur l'entraînement cognitif. Il observe de plus en plus de gens « les yeux qui brillent » dès qu'on aborde le sujet : il y a des gadgets, de la technologie, des lumières, on est dans l'activité pure. Pour certains préparateurs mentaux, ça parle davantage que le cadre conventionnel de l'entretien, et ça crée de l'adhésion avec le client, parce qu'on est en mouvement, parce que c'est un vrai entraînement.
Sa mise en garde est nette. Tant que les grains de sable dans l'engrenage ne sont pas traités, ils mènent à un parasitage et à une forme de survie. Le rôle du préparateur, c'est de repérer tous ces grains de sable, souvent multifactoriels : le développement de l'enfance, la coordination, le contrôle moteur, la perception. Mais repérer ne veut pas dire baisser les bras.
Là, Anthony plante une image forte. Le préparateur mental plante des graines. Il se peut qu'il n'y ait aucun effet visible, et il ne peut pas passer un an avec un athlète sans qu'aucun outil ne produise quoi que ce soit, parce qu'il y a trop de grains de sable dans l'engrenage. Mais ça ne signifie pas que les graines plantées ne tissent pas de racines. Elles ne germent simplement pas encore. Tant que les grains de sable les plus profonds ne sont pas retirés, ça ne pourra pas éclore. Et ça ne veut pas dire qu'on fait du mauvais boulot.
D'où sa conclusion. L'entraînement cognitif, c'est souvent le sommet de la pyramide, et il devient une finalité. Tant que la personne n'a pas retrouvé un équilibre, notamment au niveau du système nerveux et émotionnel, attaquer des exercices complexes sur la cognition reste prématuré : il y a d'abord une rééducation, un retour à l'équilibre à faire. Une fois cet équilibre là, on peut se lancer dans de l'entraînement plus pratique sur les capacités attentionnelles.
Pour Anthony, le meilleur entraînement attentionnel de base, celui qui ne coûte rien à mettre en place, c'est tout le côté mindfulness, instant présent, méditatif.
Il précise tout de suite de quelle méditation il parle. Beaucoup de gens méditent pour se donner bonne conscience, pour rentrer dans une sorte de mode, sans vraiment saisir l'émerveillement de l'instant présent. Lui parle d'une méditation à but de travail attentionnel. Il connaît le courant plus spirituel ou énergétique, celui qui considère qu'une méditation ne peut pas être un entraînement ou de la performance, puisqu'on ne peut ni la réussir ni la rater. Il comprend cette vision. Mais pour lui, la méditation reste un superbe outil pour exploiter un point de focalisation : l'instant présent. On peut se focaliser sur une bougie, sur un objet, sur les vagues. Juste être dans l'instant présent.
Le geste mental à apprendre, c'est d'accueillir la pensée parasite sans la combattre. Quand il a appris à méditer, avec une personne formée par des maîtres en méditation depuis des années, on lui a transmis cette règle : surtout ne pas réfuter la pensée qui arrive. La prendre, puis la laisser partir, comme un nuage qui passe. Sinon, on ne fait que penser à ça. C'est très compliqué au début, mais ça s'apprend. Et même si ça peut paraître perché à certains, au niveau scientifique il y a une vraie modulation, il se passe beaucoup de choses.
Là où Anthony bouscule la pratique habituelle, c'est sur le lieu. Si tu es capable de méditer chez toi, avec ton encens et ton plaid, dans ton cocon, va méditer dehors, avec le bruit et la température. Va méditer dans les transports en commun, avec le mouvement et le bruit. Parce que ce qu'on cherche, c'est être capable d'être attentif dans les milieux où on évolue réellement, et on n'évolue pas en permanence chez soi, au calme, sous un plaid.
Pour qui ne pratique pas du tout, Anthony donne une piste de départ claire : traite la méditation comme un entraînement physique. Un outil n'est pas jetable, il est modulable. Et tout ce qu'on fait à l'entraînement physique, on peut le reproduire sur de l'entraînement mental, à travers quatre piliers.
Pilier 1, la durée. On se fixe des séances, et on les fait durer de plus en plus longtemps au fil du temps.
Pilier 2, la difficulté. C'est elle qui amène la progression. La méditation est en soi un stress attentionnel, c'est assez difficile, mais on est des êtres extrêmement développés, donc au bout d'un moment on s'adapte. Il faut alors remonter le curseur.
**Pilier 3, la variabilité.** On varie les séances pour ne pas s'installer dans une routine figée.
Pilier 4, la sensorialité. On ajoute de la stimulation sensorielle pour nourrir et réveiller ces capteurs, ce « GPS » sensoriel dont on parlait plus haut.
Le format concret qu'il décrit ressemble à un vrai plan d'entraînement : un programme de 30 séances, avec des séances qui s'allongent progressivement. Tu prends un carnet, et à chaque pensée parasite tu fais un point, pour quantifier le nombre de pensées parasites, qu'elles soient négatives ou positives. Et tu te mets petit à petit dans l'inconfort, en amenant des parasites et des distracteurs, en soumettant ton attention à la jungle, urbaine ou non, du dehors.
Le cadre mental compte autant que le protocole. Tu médites pour te concentrer, dans un travail attentionnel, pas pour te relaxer ou pour t'endormir. Présentée comme un entraînement, avec des séries et de la durée, « ça fonctionne, ça fonctionne vraiment ». Anthony le résume d'un mot : extrêmement puissant.
C'est l'entraînement des capacités attentionnelles de l'individu : concentration, reconcentration, focus, flow, gestion de l'impulsivité. Anthony s'appuie sur une méthodologie scientifique, le BET (brain endurance training), qu'il décrit comme une vraie méthodologie d'entraînement.
À passer de la survie à la performance. Concrètement, à traverser son quotidien avec le plus d'énergie possible, en faisant baisser sa jauge d'énergie le moins vite possible, et à être meilleur dans sa routine sportive en rééduquant sa concentration.
La méditation à but de travail attentionnel, structurée en séances, est l'exemple central que donne Anthony. On y travaille l'instant présent en se focalisant sur un point (une bougie, un objet, les vagues), et on accueille les pensées parasites sans les réfuter, comme des nuages qui passent.
Oui, avec une nuance importante. Tant que les « grains de sable dans l'engrenage » (déséquilibres liés au développement de l'enfance, à la coordination, au contrôle moteur, à la perception) ne sont pas traités, les exercices complexes restent une finalité et l'effet tarde à éclore. L'effet dépend donc d'un équilibre nerveux et émotionnel préalable. Cela dit, sur la méditation, la modulation scientifique est réelle.
La méditation, parce qu'elle ne coûte rien et qu'elle est ancrée en nous. La clé est de la traiter comme un entraînement en appliquant les quatre piliers d'Anthony : la durée, la difficulté, la variabilité et la sensorialité, avec un programme progressif et un carnet pour quantifier ses pensées parasites.
Cinq phrases reviennent tous les jours sur le terrain, elles sonnent rigoureuses et bienveillantes, et pourtant les sciences contemporaines de l'apprentissage moteur les démontent une par une depuis 60 ans. Un seul chiffre suffit à mesurer le décalage : un bébé qui apprend à marcher chute dix-sept fois par heure, et c'est précisément ce taux qui fabrique sa vitesse d'apprentissage stupéfiante. Et si ce qu'on fait pour aider, sécuriser, corriger, répéter, expliquer, était exactement ce qui bloque la progression de nos athlètes ?
L'activité physique change la donne pour le TDAH de l'enfant. Adrien Chartier, préparateur physique depuis plus de vingt ans et cofondateur de Labo RNP, le résume en une phrase : on envoie nos enfants deux heures aux devoirs et trente minutes de sport le mercredi, il faudrait faire l'inverse. Voici le mécanisme neurologique, comment juger les approches selon leur niveau de preuve, et un plan progressif sur douze semaines à lancer dès demain.
L'hyperactivité motrice de l'enfant est d'abord un signal. Quand un enfant bouge sans arrêt, son système nerveux cherche le plus souvent à se réguler, à se stimuler ou à évacuer une tension. Comprendre ce que ce mouvement résout change tout ce qu'on va lui proposer.