Un golfeur termine son swing en vrac, incapable de tenir en équilibre sur sa jambe gauche. On a déjà renforcé, gainé, travaillé la mobilité, et le geste coince toujours au même endroit. C'est là que l'entraînement neuro-athlétique entre en jeu : Philippe Grégoire, trente ans de prépa physique, va chercher la performance dans le système nerveux qui pilote la qualité de mouvement.
1/4h LabO #70 · Regarder l'épisode sur YouTube
Un golfeur termine son swing en vrac, incapable de tenir en équilibre sur sa jambe gauche. On a déjà renforcé, gainé, travaillé la mobilité, et le geste coince toujours au même endroit. C'est là que l'entraînement neuro-athlétique entre en jeu : Philippe Grégoire, trente ans de prépa physique, va chercher la performance dans le système nerveux qui pilote la qualité de mouvement.
Philippe entraîne des gens depuis trente ans. D'abord entraîneur de club de ski de fond, puis prof d'EPS, puis coach sportif, et aujourd'hui préparateur physique auprès de sportifs de haut niveau en golf (depuis une saison) et en canoë. Un long parcours de terrain, avec un diplôme européen passé en 2018.
Le hic, c'est que dans cette formation, la neuro passe un peu à la trappe. On parle de plein de choses, mais le champ neuro reste en marge. Alors on bricole. Et quand tu es un peu curieux, tu t'aperçois que certaines choses marchent vachement vite. Trop vite pour que ce soit seulement une histoire de muscle. L'idée s'installe là : il y a autre chose à comprendre.
Pour Philippe, la neuro, c'est la boîte à outils qui manquait dans le monde de la prépa physique. Pas un gadget posé par-dessus le reste, un vrai moyen d'aller chercher la performance là où la muscu et le développement de la force ne vont pas. Et un moyen, aussi, d'aller débusquer le maillon faible d'un athlète.
Au premier coup d'œil, le golf et le canoë n'ont rien à voir. Regarde-les de plus près et le fil rouge te saute aux yeux : dans les deux cas, un athlète tient un engin en main et doit produire une rotation la plus efficiente possible, le tout sous contrainte d'équilibre. Même problématique de transfert de force, des appuis vers le haut du corps. Même besoin de relâchement piloté par le bas.
Le canoéiste que Philippe suit fait du canoë en ligne. Il est à genoux sur son bateau, ses deux appuis au niveau des pieds. Tu imagines un sport de bras et de rotation. En réalité, il y a énormément de travail d'appuis et de poussée de jambes. Le canoéiste plante la pagaie, puis ramène le bateau, et c'est là que se joue le transfert de force pour une meilleure glisse.
Tout ça se passe en plus dans un milieu instable. Il faut jouer en permanence avec l'équilibre du bateau : tangage, roulis, lacet. Et même sur l'eau, les perturbations s'accumulent : le courant, le vent, le mouvement de l'eau. Ajoute la vision périphérique, pour gérer les adversaires et savoir s'ils sont devant ou non. Un monde de choses à optimiser. Philippe note que le peu de travail déjà mis en place, sur l'équilibre et le harnais, change la vie sur le bateau pour gérer cet équilibre.
Le golfeur, lui, a un club en main. Et l'enjeu se résume simplement : mener la rotation la plus efficiente possible pour maximiser la vitesse de tête de club, le fameux swing. Même logique de chaîne, même contrainte d'équilibre, même besoin d'un geste propre du bas vers le haut. Deux sports qu'on croirait opposés, et qui partagent en fait le même cahier des charges.
Pour comprendre d'où vient la vitesse de club, Philippe propose une image simple : une fusée à plusieurs étages. Ça part des appuis, puis vient la rotation du bas du corps, puis le centre du corps, puis le travail du bras, et à la toute fin, le dernier élément, le poignet. La vitesse de tête de club, c'est l'addition de toute cette chaîne. Si un étage manque de qualité, ceux d'au-dessus le paient.
Voilà pourquoi Philippe travaille aujourd'hui beaucoup plus les pieds qu'avant, autant pour le golf que pour le canoë. Il a découvert que tout repose sur les appuis. Quand le bas de la chaîne n'est pas solide, la rotation et le transfert de force qui en dépendent perdent en efficacité.
Concrètement, ça passe par la proprioception, cette capacité du corps à sentir ses appuis et ses positions sans avoir à regarder. Philippe a intégré les balles à picots dans ses échauffements, des balles qu'il utilisait déjà avant. Il reste prudent sur ce qui produit exactement quel effet, parce qu'il teste beaucoup de choses en même temps. Mais l'outil a sa place dans la routine, et les gens aiment bien.
Le levier le plus concret de l'épisode se joue au sommet de la chaîne, dans la main. Il y a toujours une optimisation à trouver entre la force du grip et le relâchement du poignet. Un golfeur a besoin d'une préhension solide pour tenir son club. Mais si le grip est trop fort, les muscles se crispent, et un poignet crispé tue la vitesse en bout de chaîne.
La difficulté, c'est de dissocier les deux : garder une force de préhension importante tout en conservant un mouvement de poignet le plus souple possible. Sur le papier, ça paraît contradictoire. Dans le geste, c'est exactement ce qu'il faut réussir, parce que le poignet est le dernier étage de la fusée, celui qui transmet ou qui freine.
C'est là que la proprio reprend la main. Avec une petite balle, avec une balle à picots, tu entraînes ce relâchement : tu es obligé d'avoir un grip suffisant pour tenir, et tu te forces en même temps à garder un poignet souple. Si on arrive ensuite à retrouver cette dissociation dans le geste, dans le swing, le swing y gagne énormément.
Reprenons le cas du golfeur du début. Au lieu de partir des tests habituels, Philippe part de l'analyse vidéo du swing. Puis il enchaîne avec les tests biomécaniques classiques de mobilité et de stabilité. Le constat : un manque de rotation interne de la jambe gauche. Conséquence sur le geste, soit une perte de posture avec un mauvais contact de balle, soit un manque de puissance avec un swing qui ne se finit pas et ne traverse pas la zone d'impact.
En cherchant pourquoi le joueur ne va pas sur sa jambe gauche, Philippe découvre qu'il est tout simplement incapable de tenir en équilibre dessus, sur un test d'équilibre type Romberg, sur un pied. Il remonte alors la chaîne. Il va voir du côté des pieds et de la cheville : ça tient déjà un peu mieux, mais ce n'est pas encore bon. Il monte d'un cran, vers le système vestibulaire, l'organe de l'équilibre situé dans l'oreille interne. Et là, les progrès arrivent.
Sur la dernière vidéo, le joueur termine encore un peu en vrac, parce qu'il garde un réflexe de défense, un cerveau primaire qui surveille toujours ce qui se passe dans son genou gauche. Mais jusqu'à l'impact, ce n'est plus du tout le même joueur. En photo, sa position à l'impact ressemble à celle d'un pro. En quelques séances et quelques petits exercices, le geste se transforme : plus de régularité dans les coups, un impact bien meilleur. Pas encore plus de vitesse de club pour l'instant, mais une précision à l'impact nettement supérieure.
Reste un débat technique que Philippe veut justement tester dans les semaines qui suivent : la position de la tête. Dans un swing, la tête bouge assez peu, parce que les cervicales ne le permettent pas tant que ça. Ce sont surtout les épaules qui tournent, avec une stabilisation de la tête. Sur ce point, deux écoles existent chez les pros. La première dit qu'il faut garder la tête sur la balle, comme au tennis où l'on suit la balle des yeux jusqu'à ce qu'elle sorte de la raquette, pour garantir un bon contact. Le souci, c'est que figer la tête crée des tensions, notamment au niveau des trapèzes, et bride la rotation du tronc. La seconde école, qui prend de plus en plus de place, dit qu'il faut garder le regard sur la balle, ce qui laisse la tête bouger un peu et redonne de la liberté aux rotations.
Pourquoi une mauvaise posture résiste-t-elle autant aux corrections ? Parce qu'une posture, c'est un réflexe, et un réflexe est ancré dans le cerveau à long terme. Si tu demandes à un golfeur de mieux tenir son club, il va y penser une heure, puis le naturel reviendra, parce que sa façon de faire est devenue intuitive. Pour changer ça durablement, il faut descendre au niveau réflexe et agir sur ce que Philippe appelle la stabilité réflexe.
C'est d'autant plus important qu'un swing performant est un swing inconscient. Plus il est relâché, plus il fonctionne. Si le joueur se met à penser à tout pendant le geste, il ne suit plus. Il faut que ça se passe sur l'autre cerveau, sur la commande motrice la plus directe possible. D'où l'intérêt d'aller travailler sur les réflexes : réflexe de défense, réflexe d'agrippement et de traction des mains, autant de schémas qui parasitent le geste sans que l'athlète en ait conscience.
Pour structurer tout ça, Philippe s'appuie sur un cadre de référence précis. Il travaille beaucoup avec un modèle issu de l'école de Prague, qui va plus loin que le FMS sur la mobilité et la stabilité, et il cherche à pousser le curseur encore un cran plus loin avec la stabilité réflexe. Sa formation principale, c'est le TPI, le Titleist Performance Institute, dont il a fait quasiment tous les modules à San Diego et où il est certifié niveau 3.
Le TPI est devenu le standard du golf mondial. À l'origine, il y a une quinzaine d'années, un chiropracteur qui faisait aussi un peu de prépa physique et l'un des meilleurs coachs de golf du monde se disent qu'il y a un truc à faire en mariant le physique et la technique. Titleist, le fabricant de balles, met de l'argent sur le projet, avec un raisonnement très américain : si les gens jouent plus longtemps, plus vieux, sans se blesser et avec de meilleures performances, ils achèteront plus de balles. Résultat aujourd'hui, sur les trente meilleurs mondiaux, vingt-cinq sont coachés par des certifiés TPI. Très visible aux États-Unis, beaucoup moins en Europe. Pour Philippe, la neuro reste l'outil qui permet d'aller chercher le maillon faible à l'intérieur de ce cadre.
Au fond, tout ce qu'on fait dans une prépa physique spécialisée golf finit par être bon pour la santé. On y développe l'équilibre, la coordination, l'agilité, la vitesse et la force, donc la puissance. Des qualités qui servent la performance et qui, au passage, entretiennent le corps.
La réciproque n'est pas garantie. Plein de choses bonnes pour la santé ne font pas progresser au golf. Philippe cite les cours de body pump qu'il a donnés pendant des années : très bien pour le cardio et la force, pas catastrophiques, mais sans transfert direct vers la performance golfique. Le sens de la flèche compte.
Et c'est là que la neuro prend tout son intérêt pour le préparateur. Elle ouvre un éventail beaucoup plus large de compétences et de façons d'intervenir que la seule muscu. Encore faut-il rester curieux, prendre toutes les voies possibles, et accepter d'avancer petit à petit, parce que c'est justement la richesse de l'approche qui impose d'y aller par touches. Le golf passe parfois pour une activité bourgeoise. C'est un vrai sport, avec un club en main comme levier supplémentaire à contrôler, une balle immobile, et tout qui se joue dans la microseconde de l'impact : précision, coordination, équilibre.
Au lieu d'ajouter de la charge, on cherche le maillon faible à l'aide de tests : analyse vidéo du swing, tests d'équilibre (type Romberg), évaluation des appuis et du système vestibulaire, tests de mobilité et de stabilité. On remonte la chaîne jusqu'à trouver ce qui bloque, puis on travaille ce point précis.
Rendre le corps le plus relâché possible, parce que le geste le plus puissant est aussi le plus relâché. Pour relâcher, il faut diminuer les tensions, et pour diminuer les tensions, il faut placer le corps dans un environnement qu'il perçoit comme sécurisé, où il peut lâcher ses crispations.
En travaillant la stabilité réflexe et en visant la commande motrice la plus directe possible. Un swing performant est inconscient : si le joueur réfléchit pendant le geste, il le casse. Le travail consiste donc à corriger au niveau réflexe pour que le bon mouvement passe sans passer par le conscient.
Les sports de rotation et de précision avec un engin en main, comme le golf et le canoë, où l'on retrouve la même problématique de transfert de force des appuis vers le haut du corps sous contrainte d'équilibre. Plus largement, tout geste qui combine transfert de force et équilibre.
Un meilleur équilibre, plus de coordination, une précision à l'impact nettement améliorée, plus de régularité dans les coups, et des effets positifs sur la santé. Dans le cas du golfeur suivi, l'impact est devenu bien meilleur et la position à l'impact comparable à celle d'un pro en quelques séances.
Par l'analyse vidéo du swing, par les tests biomécaniques habituels de mobilité et de stabilité, et par la comparaison de la position à l'impact avant et après les exercices, photo à l'appui.
Cinq phrases reviennent tous les jours sur le terrain, elles sonnent rigoureuses et bienveillantes, et pourtant les sciences contemporaines de l'apprentissage moteur les démontent une par une depuis 60 ans. Un seul chiffre suffit à mesurer le décalage : un bébé qui apprend à marcher chute dix-sept fois par heure, et c'est précisément ce taux qui fabrique sa vitesse d'apprentissage stupéfiante. Et si ce qu'on fait pour aider, sécuriser, corriger, répéter, expliquer, était exactement ce qui bloque la progression de nos athlètes ?
L'activité physique change la donne pour le TDAH de l'enfant. Adrien Chartier, préparateur physique depuis plus de vingt ans et cofondateur de Labo RNP, le résume en une phrase : on envoie nos enfants deux heures aux devoirs et trente minutes de sport le mercredi, il faudrait faire l'inverse. Voici le mécanisme neurologique, comment juger les approches selon leur niveau de preuve, et un plan progressif sur douze semaines à lancer dès demain.
L'hyperactivité motrice de l'enfant est d'abord un signal. Quand un enfant bouge sans arrêt, son système nerveux cherche le plus souvent à se réguler, à se stimuler ou à évacuer une tension. Comprendre ce que ce mouvement résout change tout ce qu'on va lui proposer.