Un sprinteur, un coup de feu, une fraction de seconde de crispation, et la course est perdue. Émotions et performance sportive sont câblées ensemble, dès le ventre de la mère. Tant que l'émotionnel coince, le plus beau des physiques reste bridé.
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Un sprinteur, un coup de feu, une fraction de seconde de crispation, et la course est perdue. Émotions et performance sportive sont câblées ensemble, dès le ventre de la mère. Tant que l'émotionnel coince, le plus beau des physiques reste bridé.
Quelqu'un d'anxieux, on lui dit souvent : va faire du sport, ça ira mieux. Derrière ce conseil de bon sens, il y a un vrai mécanisme. Prends le lactate (et pas « acide lactique », il n'y a pas d'acide lactique, c'est du lactate). On le connaît surtout pour son rôle dans la performance, mais il se déplace dans tout le corps. Imagine-le comme un passager qui prend les bus : il monte dans des transporteurs, des réactions chimiques et hormonales qui le baladent un peu partout. Selon le type d'effort que tu produis, le lactate emprunte des petits bus qui le déposent à des endroits précis du cerveau. Et certains de ces endroits, c'est là que siège l'anxiété. Une méta-analyse menée sur des athlètes élites a creusé ce lien, jusqu'au rôle du microbiote dans le métabolisme du lactate. Le résultat est concret : une certaine activité physique produit des bienfaits sur l'émotionnel.
Ça, c'est le sens « le physique agit sur l'émotionnel ». Le chemin inverse existe aussi, et c'est celui que la plupart des gens oublient. L'émotionnel agit en retour sur le physique et sur la posture. Des études montrent un impact vestibulaire et postural lié aux états émotionnels. Autrement dit, ta façon de te tenir influence tes réactions émotionnelles, et tes réactions émotionnelles influencent ta posture. Les deux s'interpellent en permanence.
La conséquence pratique pour un pro du mouvement : devant un client, tu n'es pas obligé de toujours partir de l'émotionnel. Parfois, regarder d'abord le physique t'en dit déjà long sur l'émotionnel, parce que les deux sont câblés ensemble.
Pour comprendre pourquoi émotion et mouvement sont à ce point liés, remonte à l'origine. L'émotionnel, à la base, se construit par le mouvement et la posture.
On est d'abord des êtres sensoriels. Dans le ventre de la mère, on bouge déjà, parce que la mère bouge et nous remue. Cette stimulation active le système vestibulaire (l'organe de l'équilibre, dans l'oreille interne) et commence à développer la proprioception (la perception de la position de ton corps dans l'espace). Des choses sensorielles se mettent donc en place avant même la naissance.
Une fois né, l'enfant continue d'explorer par le mouvement. Et c'est cette exploration motrice qui permet au système nerveux et au cerveau de se développer. Les connexions motrices se construisent d'abord, puis s'étendent vers le cognitif et l'émotionnel. Le point de départ commun, le tronc d'où partent les deux branches, c'est le mouvement. Tu ne peux donc pas traiter le « mental » comme un domaine séparé : il pousse sur la même racine que la motricité.
De là découle une règle qu'on répète souvent en formation : on ne travaille pas un seul tiroir à la fois. Tu ne peux pas dire « j'ai tel problème, donc je vais travailler uniquement ma posture », ou uniquement mon émotionnel, ou uniquement ma force, ou uniquement mon développement personnel. Ça ne marche pas comme ça. Le corps humain et le cerveau se développent par un ensemble d'interactions. C'est là-dedans qu'il faut aller chercher.
On a une formule qu'on aime bien : quelqu'un d'équilibré dans la vie développe son équilibre. C'est volontairement caricatural, mais l'idée tient. L'équilibre, au sens propre comme au figuré, est plurifactoriel. Les réflexes archaïques eux-mêmes ont souvent une triple composante : physique, posturale et émotionnelle. Tout se tient.
Concrètement, un bilan honnête ne découpe pas la personne en tranches. Il regarde les relations entre les morceaux.
On entre ici dans le mécanisme concret. On développe 72 réflexes archaïques, depuis la gestation dans le ventre de la mère jusqu'à environ sept ans, l'âge où le système nerveux central arrive à maturité.
Un réflexe archaïque, c'est une réponse automatique du corps. Pense à l'enfant à qui tu donnes le doigt : il l'agrippe tout seul. À ce moment précis, des connexions sont déjà en train de se développer. C'est comme si des autoroutes de l'information, inexistantes au début de la vie, se construisaient peu à peu, sollicitation sensorielle après sollicitation sensori-motrice. Et ce travail de développement vient impacter directement l'intégration des sphères cognitive, émotionnelle et posturale.
Ces 72 réflexes ne se développent pas dans le désordre. Ça se fait de manière linéaire : il y en a un qui se met en place et qui aide le suivant à se développer, et ainsi de suite. Une synergie. L'image qui parle, c'est celle des muscles. Quand tu travailles les pectoraux, tu mobilises le muscle principal, mais aussi les antagonistes et les synergistes qui assistent la mécanique du mouvement. Pour les réflexes archaïques, même logique : certains sont synergistes, d'autres agonistes, et ils se soutiennent les uns les autres. Si un maillon de la chaîne manque, toute la suite est perturbée.
Le réflexe de peur paralysante fait partie de ces gros blocs. Son problème, c'est qu'il agit comme un verrou. S'il ne se développe pas bien dès la naissance, il empêche tout un paquet d'autres réflexes archaïques de se mettre en place. Il en bloque plusieurs d'un coup.
Pourquoi se développe-t-il mal ? On ne sait pas toujours. Plusieurs pistes reviennent : peut-être un problème pendant la grossesse, par exemple une mère souvent stressée, dont les hormones de stress passent directement au bébé. Peut-être un choc ou un trauma, physique ou émotionnel, au moment du développement de l'enfant ou plus tard. Dans tous ces cas, le RPP peut rester actif et bloquer pas mal de choses derrière.
Concrètement, ce verrou t'empêche de corriger la posture. La semaine dernière, on parlait des pieds en canard. Si tu essaies de corriger un pied qui part vers l'extérieur alors que le RPP est encore en place, tu n'y arriveras pas. Pourquoi ? Parce que le rôle de ce réflexe est de sécuriser le corps au maximum. Il va à l'encontre des informations qui viennent de l'extérieur, donc à l'encontre de ta correction. Certains signaux doivent t'alerter : un enfant qui dort mal, un enfant qui fait encore pipi au lit à six ans et demi, des problèmes d'équilibre. Quand quelque chose sort de la normalité, ça vaut le coup de creuser un peu plus.
Le réflexe de Moro est l'autre gros réflexe de la posture, et il agit lui aussi sur les trois facteurs : posture, émotionnel et cognitif. Ses signes se repèrent souvent au quotidien.
Côté lumière : une personne hypersensible, qui doit mettre des lunettes de soleil la moitié du temps parce que la lumière la dérange. Ça peut s'accompagner d'un problème d'hypoconvergence, une tendance à loucher. Côté son : dès qu'il y a un gros bruit, ou quand quelqu'un claque une porte ou tape dans ses mains, la personne sursaute d'un coup. Et même quand le sursaut ne se voit pas, il peut y avoir une crispation inconsciente. Imagine ce réflexe de crispation qui se déclenche pendant ton activité physique : il te coûte en tension.
L'impact émotionnel est lourd. Prends ces enfants qu'on étiquette vite « violents », « agressifs », celui qui insulte tout le monde, ne suit pas les règles à l'école, « un sale gosse ». Il a peut-être tout simplement un réflexe de Moro mal intégré. Rappelle-toi le principe numéro un du cerveau : le danger, la survie. Si le cerveau de l'enfant ne se sent pas en sécurité, comment réagit-il ? Tout autour de lui lui semble agressif, alors il réagit de manière agressive. Il vit en mode survie permanent. Le réflexe de Moro touche aussi l'attachement : selon qu'il est hypoactif ou hyperactif, la personne aura du mal à s'attacher émotionnellement, ou s'attachera beaucoup trop. Au passage, il pèse énormément sur la confiance en soi, la capacité à s'affirmer, et les capacités relationnelles en général.
Reconnecte tout ça au sport. Dès que tu touches la sphère émotionnelle, deux choses se produisent en même temps : des crispations physiques se créent, et la personne se détache des autres. Les deux pèsent directement sur la performance physique.
Reviens au sprinteur. À chaque coup de feu du départ, s'il est déjà en train de sursauter, c'est perdu. Mais même s'il ne sursaute pas visiblement, dès que le réflexe de peur paralysante ou le réflexe de Moro reste un peu présent, le corps génère de la tension. Or pour produire la puissance de départ, il faut être relâché au maximum. La tension et la puissance ne font pas bon ménage.
Voilà pourquoi c'est compliqué d'exploiter un physique plein de potentiel quand on n'est pas stable émotionnellement. Le verrou émotionnel se traduit en tension musculaire bien réelle, et cette tension plafonne la performance.
Une dernière pièce explique pourquoi ces blocages résistent autant à la seule volonté : ils sont inconscients. Le conscient ne gère que quelques tâches à la fois, quatre environ. L'inconscient, lui, en traite des millions. Pendant que tu te concentres sur une seule tâche, ton inconscient a potentiellement des millions de raisons de te bloquer dans ce que tu fais, que ce soit cognitif ou physique. Ces blocages, on ne les conscientise pas, mais le corps, lui, bloque à certains moments.
D'où l'intérêt, parfois, d'aller voir au niveau inconscient s'il ne reste pas des blocages ou des perturbations. Quand on part vraiment dans les sphères émotionnelles, des approches dédiées existent : l'hypnose, l'EMDR, la PNL. Des outils pour traiter ce qui ne se règle pas en restant à la surface.
L'esprit de la démarche, c'est de traiter le corps dans son ensemble. Dans une logique RNP, dès le bilan de base, on vient chercher les relations entre l'émotionnel et la posture. On ne traite pas « le mental » d'un côté et « le corps » de l'autre. On regarde comment ils s'influencent, parce que c'est là, dans ces relations, que se joue la vraie performance.
Oui, et il y a un mécanisme derrière. Pendant l'effort, le lactate emprunte ses transporteurs (ses « bus ») et finit par se déposer dans des zones du cerveau, dont celles où siège l'anxiété. Une méta-analyse sur des athlètes élites a documenté ce lien, en allant jusqu'au rôle du microbiote dans le métabolisme du lactate. Une certaine activité physique produit donc des bienfaits émotionnels concrets.
C'est une réponse automatique du corps, comme le nourrisson qui agrippe ton doigt. On en développe 72, depuis la gestation dans le ventre de la mère jusqu'à environ sept ans, quand le système nerveux central atteint sa maturité. Ils se mettent en place de façon linéaire et synergique : chacun aide le suivant à se développer.
C'est un réflexe qui sert à sécuriser le corps au maximum. S'il ne s'intègre pas bien dès la naissance, il agit comme un verrou et bloque le développement de plusieurs autres réflexes. Tant qu'il reste actif, il empêche aussi de corriger certaines postures (un pied en canard, par exemple), parce qu'il s'oppose aux informations venant de l'extérieur. Parmi les causes évoquées : un stress important de la mère pendant la grossesse, ou un choc ou trauma physique ou émotionnel.
Ce sont des signes possibles d'un réflexe de Moro mal intégré. Côté lumière : hypersensibilité, besoin de lunettes de soleil, parfois tendance à loucher (hypoconvergence). Côté son : sursaut dès qu'une porte claque ou que quelqu'un tape dans ses mains. Il peut aussi y avoir une crispation inconsciente, sans sursaut visible.
Oui. Un réflexe mal intégré génère de la crispation, donc de la tension musculaire. Sur un départ de sprint, cette tension t'empêche de produire ta puissance, puisque la puissance exige le relâchement maximal. Un physique plein de potentiel reste bridé tant que la personne n'est pas stable émotionnellement.
Parce que son cerveau peut être en mode survie. Le principe numéro un du cerveau, c'est de gérer le danger. Avec un réflexe de Moro mal intégré, l'enfant ne se sent pas en sécurité : tout autour de lui lui semble agressif, alors il réagit de manière agressive. Ça relève du réflexe mal intégré, pas du caractère.
Cinq phrases reviennent tous les jours sur le terrain, elles sonnent rigoureuses et bienveillantes, et pourtant les sciences contemporaines de l'apprentissage moteur les démontent une par une depuis 60 ans. Un seul chiffre suffit à mesurer le décalage : un bébé qui apprend à marcher chute dix-sept fois par heure, et c'est précisément ce taux qui fabrique sa vitesse d'apprentissage stupéfiante. Et si ce qu'on fait pour aider, sécuriser, corriger, répéter, expliquer, était exactement ce qui bloque la progression de nos athlètes ?
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